Car si on peut trouver de la pertinence à l’état des lieux dressé par le président de l’UDF, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il y a une forte divergence d’analyse sur le contenu de la 6e république.

D’abord pour des raisons tactiques : l’UDF a tout intérêt à sortir de la logique politique binaire induite par les institutions de la Ve, et pour faire entendre sa petite musique, elle doit jouer sa propre partition. L’analyse à laquelle se livre François Bayrou est juste à beaucoup d’égards : personne ne peut nier l’impuissance dans laquelle est tombée la Ve république, alors que tous les pouvoirs sont concentrés aux mains d’un seul parti. La fracture ethnique, particulièrement mise en lumière en novembre dernier rompt avec le principe constitutionnel d’unité et d’indivisibilité républicaine . Enfin le fait que le Parlement ne soit réduit qu’à être la chambre d’enregistrement des projets gouvernementaux n’échappe à personne.

Ensuite pour des raisons de fond : ce que préconise Bayrou est au fond, quoiqu’il s’en défende, un régime présidentiel à l’américaine, où le président de la République joue également de rôle de véritable premier ministre, et peut donc se retrouver en situation de cohabitation avec la représentation nationale. Nous sommes pour notre part favorables à un régime primo-ministériel, dans lequel le président, élu au suffrage universel, est le garant des institutions. Il ne remplit plus de rôle gouvernant, mais est le garant de l’unité et de l’indépendance nationale. La gouvernance est assurée pleinement par le premier ministre, désigné par le président et issu des rang de la majorité parlementaire.

Il y a donc en présence deux conceptions bien différentes de nos futures institutions.

Ce qui est notable, c’est l’aspect transversal du débat et les proportions qu’il atteint. Tous les partis de gauche, à l’exception du PS, ( le PC a organisé il y a un mois un débat sur ce thème) maintenant l’UDF, Cap 21 (j’ai même reçu un mail de Corinne Lepage qui m’écrit que « l’urgence de la réforme des institutions est patente » et appelle de ses vœux une 6e république) , tous ont conscience de la nécessité de redonner de la crédibilité à la chose politique, en ré-introduisant la notion de responsabilité dans nos institutions.

C’est un point et un moment cruciaux, centraux, de l’histoire de notre république. Il y a urgence, politique, sociale et morale à replacer le citoyen au centre des décisions qui le concernent. C’est aux socialistes de porter cette espérance.

par Michel Moine