Jacques Chirac, la dissuasion nucléaire et nous
Par Karine Berger, lundi 30 janvier 2006 à 10:37 :: International :: #7 :: rss
Partons de l’hypothèse - peut-être audacieuse - que le discours de Jacques Chirac prononcé le 19 janvier à L’Ile longue et consacré à la dissuasion nucléaire était dépourvu de tout lapsus comme ceux entendus en Corrèze une semaine auparavant. Supposons qu’il correspondait bien à la pensée profonde d’un Président en exercice et essayons d’en extraire une analyse politique.
Retenons de ce discours de Jacques Chirac, non seulement que la France pourra utiliser le feu nucléaire contre les Etats qui « auraient recours à des moyens terroristes » contre elle, mais qu’elle pourra aussi y recourir pour « la défense de ses alliés ». Partons du principe que la problématique des alliances n’a pas évolué fondamentalement depuis la guerre froide, la France ayant hier, comme aujourd’hui, des alliés et des ennemis et que donc le virage est complet par rapport à la doctrine française traditionnelle. Rappelons-nous aussi et surtout les positions du Président François Mitterrand qui ne voulait être lié que par une seule alliance, l’Alliance Atlantique, et seulement sur des sujets concernant la sécurité non nucléaire de l’Europe car « sinon un jour, il nous faudra aller attaquer la Syrie, les Philippines ou la Corée avec les Américains » (in Jacques Attali, « C’était François Mitterrand », Fayard, page 245) ou encore ses autres mots si actuels indiquant que « nous avons une force de dissuasion autonome. Mais nous ne pouvons pas nous en servir pour n’importe quoi. Or la mission de la France n’est pas de protéger la RFA ou l’Europe occidentale » (ibid, p.241). Remarquons qu’à l’heure où l’Europe s’est brisée sur la politique de gribouille de Jacques Chirac et que le couple franco-allemand, au plus mal, débute un nouveau cycle de relations avec la coalition Merkel, l’initiative de Jacques Chirac a incité les élus de l’opposition et de la majorité du Bundestag à manifester leur réprobation face aux déclarations dangereuses d’un Président français affaibli qui souhaitait sans doute « reprendre la main » et a utilisé le bouton nucléaire à cet effet. Observons que Libération a même titré le 21 janvier que les déclarations du Président français « avaient fait l’objet d’une bombe » Outre Rhin. Ce n’était sans doute pas le but premier de Jacques Chirac mais les actes manqués sont sa spécialité. Constatons que le Financial Times a dédié l’un de ces éditoriaux les plus féroces et les plus ironiques aux déclarations « en responsabilité » de notre de chef de l’Etat, soulignant le désarroi unanime de nos alliés face à cette échappée en solitaire incompréhensible. Faisons un rêve et imaginons maintenant que la France soit une démocratie vivante et une République sereine. Nul doute que ce sujet de la dissuasion nucléaire aurait alors été débattu avec les représentants du peuple, peut-être d’une manière confidentielle, mais en tout cas de façon réfléchie, responsable et consensuelle. Nul doute dès lors que la France serait plus sûre aujourd’hui….. Gageons donc que dès que le Parti socialiste aura retrouvé toutes les forces d’un principal parti d’opposition, il pourra sans doute proposer une position française sur l’utilisation du nucléaire, non pas de défense nationale mais en adhérence avec la construction de la défense européenne ; et non pas tournée vers le passé mais en réponse à la nouvelle guerre ouverte par le terrorisme international. Cyrille Stevant et Karine Berger

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Commentaires
1. Le lundi 30 janvier 2006 à 13:50, par jack maillard
2. Le samedi 4 février 2006 à 09:58, par Sébastien Le Bret
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