• La première est qu’un salarié soumis à deux ans d’essai est à la merci d’un licenciement abusif rendant totalement inopérable les conventions internationales protégeant les salariés.
  • La seconde est que le bénéfice d’exonérations de cotisations sociales pour l’entreprise est une prime publique à la précarité dont les contribuables paieront la facture sociale.
  • La dernière est que les politiques de baisses fiscales menées sans discontinue depuis plusieurs années ne donnent rien structurellement sur l’emploi. Elles auront couté 22 mlilliards d'euros à la collectivité sur la seule période 2002-2005 pour un total de 200 000 créations d'emplois. Or une entreprise ne recrute que si elle en a besoin. Si la demande est là, si la consommation est au rendez vous, si la croissance se profile. Nous assistons en réalité à des effets d’aubaine et de substitution diagnostiqués par de nombreux économistes sans que les « décideurs » politiques n’en tirent la moindre leçon pour réévaluer leurs actions et soutenir enfin la demande.

D’ailleurs, souvent les réactions politiques d’une opposition atone respirent la complaisance sur le fond, car elles se contentent de contredire à la marge la politique ainsi menée et ne la mettent pas en cause véritablement. Or, en fragilisant ainsi le contrat social, c’est le rapport de force entre le riche et le pauvre auquel on veut porter atteinte, car l’on sait depuis la nuit des temps qu’un salarié toujours plus fragile dans ses droits est moins enclin à la critique, à se syndiquer, à agir pour transformer sa condition. Il accepte mieux son sort lorsqu’il n’a d’autre choix que prendre un salaire de misère ou ne plus en avoir du tout.

De ce point de vue, il y a dans le renoncement politique à réguler le libéralisme financier qui aspire l’économie réelle dans une bulle spéculative au détriment des intérêts des populations, et une politique clientéliste tournée vers l’offre exclusivement, une sorte de complicité dont les raisons doivent être explicitées. Partout où la loi du marché prend le pas sur la loi de la République les passe-droits remplacent les droits, et la morale laïque a bon dos devant la charité chrétienne. En témoigne un grand nombre de décisions du gouvernement qui privilégie des intérêts privés sur l’intérêt général. Si le lien n’est pas visible immédiatement, rapprochons les faits ; pour quelle raison et comment Bill Gates, dont le revenu équivaut le PIB d’un état africain, réussit-il à placer autant d’argent que l’organisation mondiale de la santé dans une fondation privée ? N’y a-t-il nul contrepouvoir régulateur de richesse au point d’idolâtrer demain le bienfaiteur privé qui a fait fortune sur la gabegie publique, ce qui veut dire « socialiser les pertes, privatiser les profits » ? Nous devons regarder sans siller la réalité de la démocratie d’aujourd’hui : une démocratie dévoyée et sous influence. N’est ce pas contradictoire dès lors qu’on prétend faire la guerre en son nom ? Dire cela dans des termes aussi simples ce n’est que formuler la raison essentielle du discrédit de la politique aux yeux des salariés et plus généralement de l’ensemble des citoyens.

En France, on se consacre à porter atteinte au contrat de travail en multipliant les dispositifs spécifiques, plus précaires les uns que les autres. C'est-à-dire que l’on ajuste une seule des variables, celle du salaire et des charges sociales pour tenter de relancer l’emploi, quand il faudrait s’attaquer enfin aux marges de manœuvre générées par le capitalisme financier. Peu le disent dans la « bulle politique », renvoyant à l’altermondialité le défi du changement tout en prétextant vouloir changer les règles de l’intérieur du système. Cela signifie que la gauche et la droite institutionnelles se confondent en refusant de remettre en cause un système qui produit autant d’inégalités que de corruption.

A stigmatiser la dictature communiste à l’Est on a laissé s’installer la dictature du libéralisme financier et l’on considère donc aujourd’hui comme antidémocrate ceux qui contestent ce modèle. Ce n’est pas Jérôme Monod, ancien conseiller de Jacques Chirac (peut être toujours d’ailleurs) pdg de la Lyonnaise qui partage la plupart des juteux contrats de gestion de l’eau avec deux autres sociétés qui ont leurs entrées au Palais Bourbon, fût à la fois membre du conseil d’administration de six multinationales, ni Thierry Breton actuel ministre de l’économie qui a perçu plusieurs millions d’euros de dividendes au titre de ses différentes fonctions dans des sociétés cotées qui nous contredirait ; c’est la finance qui dirige le monde. Pas la politique. Qu’on s’entende, la finance, et non l’économie sur laquelle on pourrait agir pour créer des emplois et des richesses réelles. La seule conclusion qu’il faut en tirer : c’est que le refus d’agir sur ce paramètre lorsqu’on est un homme politique est suspect d’office. La plupart des médias étant eux-mêmes propriétés de grands groupes financiers, il s’en trouve assez peu pour faire écho à un autre modèle de société. Un sociologue révélait il y a peu que les écarts de revenus sont aujourd’hui équivalents à ceux du début du siècle dernier. C’est dire combien après quelques années glorieuses, la France est en phase de régression sociale pour le plus grand profit de quelques uns.

Sans être adeptes de la déclinologie, soyons lucides sur l’état de sinistre dans lequel se trouve notre société à l’intérieure de laquelle s’impose une rupture refondatrice. La richesse des uns ne tombe pas du ciel. Que l’on sache que le refus des élus de faire de la politique pour altérer cet ordre des choses est une corruption de la démocratie, car c’est trahir le mandat du seul souverain qu’est le peuple par le biais de ses représentants. Après les appels à voter Chirac en 2002 qui croit donc que nous sauverons la république une fois de plus, si la République c’est ça ? Si elle sert à légitimer l’enrichissement des uns et la précarité croissante pour les autres ? Donnons-nous enfin les moyens de changer le système et les pratiques par l’établissement de la sixième République et par une lutte ardente contre la corruption. Tels sont les leviers du combat pour l’égalité.

Séverine Tessier Présidente d’ Anticor : les élus contre la corruption & membre de la convention pour la Sixième République