Libération, sous la plume de Muriel GREMILLET le 7 février dernier parle « d’une «génération précaire» habituée aux CDD, aux stages à répétition, à l'intérim, avant d'entrer durablement sur le marché de l'emploi. ». Le marché du travail devenu tendu, avec des contrats de travail non temporaires fragilise un peu plus le jeune dans son entreprise. Soumis à la pression de se voir écarté pendant 2 années de son emploi durant la période d’essai, il en devient un salarié muselé qui en perd son droit d’expression : effectivement « Comment militer syndicalement, ce qui est déjà difficile dans un grand nombre d'entreprises, résister aux pressions patronales ou tout simplement faire valoir ses droits quand on peut, à tout moment, être licencié par son employeur sans que celui-ci ait besoin de motiver sa décision ? ».

La précarité est dénoncée telle une loi à laquelle la jeunesse est soumise à travers une tribune d’Annick COUPE, porte-parole nationale de l'Union syndicale Solidaires et Aurélien PIOLOT, porte-parole de la fédération Sud étudiants, dans Libération (édition du 3 février 2006). La jeunesse qui pourtant porte en elle l’avenir de notre pays est contrainte à vivre résignée et désenchantée, et « de se satisfaire de son sort, qui doit accepter l'idée qu'elle est une génération qui vivra moins bien que celle de ses parents ». L’index est bien pointé sur les conditions générales de la vie de tous les jours auxquels de trop nombreux jeunes aujourd’hui ne peuvent prétendre face à une « précarité généralisée ».

En guise de réponse aux propos provocants de Laurence PARISOT, Présidente du Medef, qui déclare que « «La vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ?», c’est la réponse de la Fondation Abbé Pierre qui résonne comme à un appel à la raison de cette société à la dérive, dans La Croix, édition du 31 janvier. Le constat de cette fondation est alarmant sur les conditions de logement des jeunes, qui résultent de leurs conditions de travail. Ceux-ci en effet « payent les loyers les plus chers, puisque les petits logements ont les prix au mètre carré les plus élevés (de 40 à 50 % supérieurs à ceux des grands). Parce qu’on leur demande d’être mobiles, ils subissent, presque chaque année, des réajustements de loyers de + 10 % en moyenne ». Ce rapport annuel met l'accent sur les jeunes, qui cumulent précarité économique et difficultés d'accès ou de maintien dans le logement. Ce phénomène particulièrement alarmant est étayé par de nombreux témoignages recueillis sur l'ensemble du territoire : des récits de vies en suspens, des interrogations angoissées sur la volonté réelle de notre société de les intégrer.

En matière de solutions à trouver, Liêm HOAN-NGOC, économiste, maître de conférence à l'université Paris I interrogé sur le journal permanent du Nouvel Obs le 2 février dernier » invite à repenser totalement la réflexion sur la politique économique menée par nos gouvernants, notamment à l’échelon européen qui actuellement sont « concentrées sur les baisses d'impôts. Il faut réorienter les politiques macro-économiques en direction des catégories qui consomment. ». Il dénonce une politique d’emploi inadaptée et d’aubaine. Partant du constat que le chômage chez les jeunes est à l’évidence plus important que la moyenne, il exprime que les politiques menées en faveur de l’emploi n’ont pas les effets attendus : "On ne fera qu'inverser l'ordre de la file d'attente". Aubaine calculée, elle provoque surtout qu’on « détricote définitivement un des symboles du modèle social français. "

Pour conclure, petit tour chez nos voisins pour savoir ce qui s’y passe en matière d’emploi, jeunes inclus : on y apprend, s’en s’étonner, que la « flexibilité gagne du terrain » dans l’édition du 7 février du journal permanent du Nouvel Obs. Situation dramatique qui fragilise les salariés européens mis en concurrence et soumis à une pression sans précédent en matière de licenciement et d’indemnités de chômage dont la durée est remise en cause partout.

Cette précarité n’est certes pas nouvelle, mais elle s’aggrave inexorablement...

Pour en savoir plus, des études sont disponibles sur Internet :

- celle de Louis Chauvel, sociologue, l’un de nos intervenants à l’atelier, intitulée "Les nouvelles générations devant la panne prolongée de l’ascenseur social "

- le CEREQ sur "la précarité des jeunes à l’entrée dans la vie active" en 2001

- "Les jeunes en situation de grande précarité" (2002)