Pour les hommes sortis du système scolaire avec le brevet ou sans diplôme, le taux de chômage après 1 à 4 ans est de 43,4%, et après 5 à 10 ans, il est de 28% (données INSEE 2004). Pour les femmes, ces taux sont respectivement de 47% et 32,6% !

Pour les hommes sortis du système scolaire avec un CAP, BEP ou équivalent, le taux de chômage après 1 à 4 ans est de 22,5%, et après 5 à 10 ans, il est de 12,2%. Pour les femmes, ces taux sont respectivement de 27,8% et 21,5% !

Pour les hommes sortis du système scolaire avec le bac ou équivalent, le taux de chômage après 1 à 4 ans est de 16,1%, et après 5 à 10 ans, il est de 7,6%. Pour les femmes, ces taux sont respectivement de 20,6% et 12,6% !

Enfin, pour les hommes sortis du système scolaire avec un diplôme supérieur au bac, le taux de chômage après 1 à 4 ans est de 11,9%, et après 5 à 10 ans, il est de 5,2%. Pour les femmes, ces taux sont respectivement de 10,2% et 7,1%.

Source : INSEE

Si donc on fait tomber les protections (même si elles sont de plus en plus théoriques, pour cause d'entorses illégales de plus en plus fréquentes au code du travail), dont peuvent aujourd'hui bénéficier les salariés les moins qualifiés, ce sont eux que l'on expose le plus à une précarité institutionnalisée.

Nul doute que les 53 à 56 % qui sont dans l'emploi entre 1 et 4 ans après leur sortie du système scolaire, font déjà actuellement partie des gros bataillons de salariés précaires (Intérim et CDD), mais la perspective pour eux d'accéder à un CDI, et aux avantages que ce type de contrat offre en termes de stabilité des parcours de vie (accès au marché du logement, et à l'emprunt, notamment), n'est pourtant pas aujourd'hui pas nulle.

Quid de leur situation dans le cadre des CPE / CNE ?

Dès lors que leur seul atout demeure la force de travail qu'ils mettent à disposition de leur employeur, force de travail qui est aussi offerte par un grand nombre de chômeurs de qualification équivalente, quel autre choix pour eux que la surenchère horaire, et le moins disant en terme de salaire ? Et ce, sans aucune garantie que ce choix leur donne une quelconque assurance de stabilité jusqu'à l'issue de la fameuse période d'" essai " de 2 ans…

Bien évidemment, ce statut tue aussi dans l'œuf toute velléité de s'inscrire dans une quelconque action collective, puisque aucune justification n'est imposée à l'employeur en cas de rupture de contrat pendant cette période d'" essai ".

De l'autre côté, une pression concurrentielle bien moindre pour les diplômés (88 à 90% dans l'emploi entre 1 et 4 ans après la sortie de la scolarité pour les diplômes supérieurs au bac) qui leur permet d'envisager un statut précaire temporaire avant une insertion plus durable dans la vie professionnelle.

Conclusion : même si les velléités de dérèglementation du gouvernement Villepin devaient s'arrêter aux CPE / CNE (et les plus récentes déclarations de son chef ne portent pourtant pas à le croire), cette mesure serait à l'évidence un nouvel instrument d'injustice sociale, favorisant encore la précarité des plus démunis, sans remettre trop en cause la capacité d'insertion des couches les plus favorisés (car on sait bien que dans la France actuelle, le niveau des diplômes du supérieur est très fortement corrélé avec l'origine sociale de leurs possesseurs).

Après la crise des banlieues d'octobre/ novembre 2005, le PS se doit impérativement de montrer son attachement pratique au maintien des solidarités sociales.

Le sujet du CNE/CPE est de ce point de vue une occasion de le rappeler fortement auprès de ceux qui en sont les premières victimes potentielles, et qui, malgré leur appartenance naturelle à l'électorat du PS, peuvent encore aujourd'hui avoir le sentiment d'être les oubliés de la question.