Si le coût environnemental de la pollution par les gaz à effet de serre leur était imputé (internalisation d'èune externalité) et si les coûts sociaux de la combustion de combustibles fossiles étaient pris en compte, cela ferait plonger les entreprises pétrolières dans le rouge malgré leurs bénéfices faramineux , peut-on notamment lire dans les propos d'Anthony Simms.

Cette prise de position a été publiée dans la rubrique "The Green Room" sur le site "BBC on line" une semaine après l'annonce, par le géant pétrolier américain Exxon Mobil, des bénéfices les plus considérables jamais réalisés par une entreprise, à savoir 36,13 milliards de USD (30,18 milliards d'euros). Grâce aux prix record du pétrole en 2005, les bénéfices des autres sociétés pétrolières du groupe des "sept soeurs" enregistrent des bonds d'envergure similaire.

Selon le "rapport" publié par la New Economics Foundation (NEF) pour la BBC, si le coût environnemental de l'activité de ces entreprises pétrolières était pris en compte, il réduirait à néant ces bénéfices.

"Les rentrées du gouvernement britannique provenant du secteur des combustibles fossiles - estimées au bas mot à 34,9 milliards de GBP (51 milliards d'euros) - sont supérieures aux recettes générées par les impôts locaux, le droit de timbre, l'impôt sur les plus-values et les droits de succession confondus", écrit Andrew Simms de la NEF. L'implication est claire : la recherche de sources alternatives d'énergie pourrait avoir un impact sur la capacité d'un gouvernement à lever des recettes ... la dépendance au carbone se niche-t-elle aussi dans l'équilibre des finances publiques ?

Pour deux des sociétés pétrolières britanniques, BP et Shell, Andrew Simms a effectué un calcul simple basé sur une estimation du Trésor britannique selon laquelle chaque tonne de dioxyde de carbone occasionne 20 GBP de dégâts à l'environnement.

"Si l'on combine les émissions provenant des activités directes de BP et de la vente de ses produits, on aboutit à 1.458 millions de tonnes d'équivalent CO2 rejeté dans l'atmosphère, pour des dommages évalués à 29 milliards de GBP. Si l'on soustrait cela des 11 milliards de GBP de bénéfice annuel qu'elle vient d'annoncer, BP plonge dans le rouge à concurrence de 18 milliards de GBP; c'est la faillite assurée.

Le même calcul donne pour Shell un déficit de 4,5 milliards de GBP, en dépit d'un bénéfice annuel annoncé de 13 milliards de GBP", a-t-il déclaré.

On aimerait disposer du même calcul pour TOTAL en France !

Utopie que de chercher à imputer aux entreprises pétrolières les coûts environnementaux et sociaux du changement climatique du fait de leur responsabilité directe dans le phénomène ? Peut-être, en tout cas on comprend mieux pourquoi Exxon Mobil a nié et nie encore la réalité du phénomène du changement climatique. La dénégation est encore la meilleure ligne de défense pour le leader du lobby pétrolier US.

Il n'en demeure pas moins, alors que les prévisions de bénéfices pour les entreprises du secteur pétrolier dans les prochaines années sont pharamineuses, que la question de leur responsabilisation financière face aux dommages globaux que leur activité engendre est posée. De même que celle de leur contribution au financement de la décarbonisation progressive de nos économies et de nos sociétés.