Petit voyage dans le Parti Socialiste et sa Fédération de l'Hérault. Celle-ci, avec ses 4.458 cartes (mais il vaut mieux dire adhérents puisqu'en 2005 aucun n'aura reçu de carte) est la 5° de France.Dans ce Sud si compliqué, elle pèse lourd: 11,5% des mandats d'un congrès national avec les Fédérations des Bouches-du-Rhone et de la Haute-Garonne. C'est la raison pour laquelle les trois Premiers secrétaires de ces Fédérations ont été déclarés éligibles par François Hollande aux élections euopéennes de juin 2004. Le même avait pourtant solennellement déclaré à la tribune du congrès de Dijon que le cumul entre ces mandats de députés européens et ceux de conseiller régional serait impossible. Grâce à lui ce fut le contraire quelques mois plus tard. Robert Navarro, premier secrétaire de la Fédération de l'Hérault cumule donc depuis, ces deux mandats; il est même vice-président de la Région Languedoc-Roussillon aux côtés de Georges Frèche.

  • Première leçon: ce n'est pas Frèche qui distribue prébendes et baronnies mais la plus haute direction nationale du parti pour s'assurer l'allégeance des féodaux locaux.Comment s'étonner que la dite direction soit paralysée jusqu'à l'inexistence quand il s'agit de "dire le droit" et rappeler à l'ordre des principes ses propres élus?. La défense des intérêts d'appareil l'emporte sur tout le reste.

Dans un tel système féodal, la Fédération de l'Hérault s'est faite une vraie réputation de viols répétés des statuts du Parti socialiste, de son propre règlement intérieur, des engagements électoraux avec ses partenaires. Son bulletin périodique semble sorti tout droit du Commissariat aux Archives de l'URSS de la grande époque.Les consultations électorales internes sont dignes de celles qui ont cours en Azerbaïdjan. Lors du dernier congrès du Mans le taux de participation s'est élevé à 93,34% des inscrits. Certaines sections de Montpellier ont même voté à 125%. Malgré ce, la motion Montebourg a recueilli 612 voix (14,8%) et celle de Laurent Fabius 387 (9,36%). Ma propre candidature à la fonction de Premier secrétaire fédéral a rassemblé 22,3% et 29 sections et non des moindres, ont préféré celle-ci à celle de Robert Navarro.

  • Deuxième leçon: la force, l'intimidation, le clientélisme ne viennent pas à bout d'une vie démocratique au sein de sections du Parti socialiste nullement intimidées par Georges Frèche.

Le cumul des mandats à tous les niveaux et en particulier dans le temps érige en système ordinaire et quotidien le patronage à la romaine entre les "grands élus" et ceux qui aspirent à le devenir. Dans l'Hérault nombreux sont ceux (et pas seulement Georges Frèche) qui cumulent depuis un quart de siècle. Ils dirigent des institutions où l'opposition n'a pas le moindre droit, même pas ceux qui lui sont reconnus à l'Assemblée Nationale dont on sait la faiblesse. Des fois que la critique ne vienne de ses propres rangs "le Parti" s'emploi à éliminer ceux dont il n'est pas sûr. C'est ainsi que lesreprésentants des courants minoritaires ont été dans l'Hérault complètement écartés du Conseil régional en 2004, y compris les sortants.

  • Troisième leçon: les sanctions contre Georges Frèche ne changeront en rien ce système. Non pas qu'il ne faut pas qu'elles soient prises mais sans véritable réforme de ces modes de fonctionnement, le Parti socialiste tout entier continuera à produire des "phénomènes" de ce type.

Ceux qui ne l'acceptent pas doivent donc rejoindre le combat de la rénovation de fond en comble d'un parti décadent mais qui conserve jusque dans l'Hérault et dans un nombre grandissant de sections, des forces vives pour changer ces moeurs.

Paul Alliès, secrétaire de la section de Pézenas, membre du Conseil National.