Les soubassements économiques d'une Europe en panne
Par Paul Dupuy, mardi 11 avril 2006 à 09:44 :: General :: #34 :: rss
Au lendemain de l'an nouveau 2006, il reste décisif de se pencher sur la signification de ce nouveau spectre qui hante désormais les gouvernements d'Europe. La prise de conscience par les Peuples d'Europe que le projet européen qui leur avait été proposé en 2005 n'allait pas dans la bonne direction et que les politiques économiques menées au "fil de l'eau" jusqu'à ce jour, ne sont pas prêtes de nous sortir de l'ornière stagnationniste qui désespère notre jeunesse et tous les hommes lucides et de progrès...
En effet, les NON qui se sont exprimés, à l'occasion des élections référendaires sur la "Constitution européenne" ne sont pas tombés pas du ciel mais avaient été préparés par de nombreux facteurs. Parmi ces multiples causes, comment ne pas donner une importance prééminente à la "propension" des gouvernements nationaux à se "défausser" et à faire "porter le chapeau" à l'Europe de leurs politiques impopulaires et régressives.
Mais, il y eut aussi dans ces raisons, la grave méconnaissance et même la cécité absolue de l'"Eurocratie" devant l'attente toujours déçue des peuples à ce qu'elle se hisse enfin à la hauteur de ses vraies missions de stratège économique et de bouclier économique et social, que la simple protection de ses Peuples européens exigerait.
Keynes avait l'habitude de dire que : "Les hommes sont autant les fils de leur époque que ceux de leurs pères". Or l'Europe qui avait été fondée en 1957, sur un compromis libéral (surtout démo-chrétien et social-démocrate) n'est plus la même que celle qui permit les succès des "trente glorieuses". Le contexte économique qui prévalant alors, resta au niveau mondial, jusqu'en 1971, le système dollar qui obligeait les États à respecter de manière assez égale (même pour les USA) une certaine discipline monétaire. Quant à l'outil budgétaire, il était alors fondé sur le "consensus Keynésien" et le mécanisme alors efficace en Europe de "préférence communautaire".
Toutefois, ce cadre économique, post Rooseveltien, sur le fondement duquel l'"Europe des six" avait bâti son succès fut balayé par l'abandon, en 1971, du système de change fixe par les USA et par la décision implicite prise par les "puissants de ce Monde" de ne plus contrôler les mouvements de capitaux, qui sont alors devenus browniens et erratiques, déstabilisant toute politique économique nationale. Cette nouvelle forme économique, prémices de l'actuelle "mondialisation" ou "globalisation" a correspondu à une circulation désormais effrénée et sans contrôle des capitaux a mis en crise la possibilité même de mettre en oeuvre des politiques keynésiennes de relance au niveau national, la dernière en date ayant été initiée par les gouvernements Mitterrand-Mauroy de 1981 à la mi-1983.
En outre la guerre du Vietnam, comme peut être aujourd'hui, celle menée par les USA en Irak généra l'hyper-inflation des années soixante dix, qui fut le prélude à un véritable changement de paradigme économique et se traduisit par la percée de l'idéologie monétarisme et plus largement, par l'hégémonie parmi la plupart des économistes et dans les médias d'une vision néo-libérale unidimensionnelle et finalement anti-humaniste de l'économie et des rapports humains.
Or au moment même ou l'Europe s'élargissait presque jusqu'à l'excès et sans réfléchir vraiment à la réalité historique de ses frontières, la locomotive européenne s'est vue privée de ses trois "combustibles" majeurs possibles : soit le monétaire, le budgétaire(un pourcentage de budget ridicule par rapport à celui dix fois plus important du budget fédéral des USA), et celui d'une politique d'emprunts, qui lui auraient permis de mener une indispensable politique, de la recherche digne de ce nom et de "réindustrialisation" massive, y compris dans le secteur des services, afin d'être en mesure de conduire ses 25, plus tard ses 27, "wagons" !
Or face aux cruautés sociales actuelles de la mondialisation, les Peuples ne peuvent se contenter de pieuses invocations à la démocratie, du rappel de leur héritage culturel commun et de la comptine pour enfants sages de la "Mondialisation heureuse". Ces Peuples ont aussi besoin de plus concret et substantiel et notamment de se sentir efficacement protégés des affres de la concurrence et surtout de ce qu'ils perçoivent avec raison comme un emballement non maîtrisé de l'économie mondiale.
Or malheureusement le projet qui leur avait été soumis en mai 2005, correspondait au renouvellement d'un compromis dépassé et en rajoutait même dans l'incertitude en se donnant le luxe de constitutionnaliser le principe de "concurrence libre et non faussé". Autant dire à des catégories sociales qui craignaient de se noyer qu'il était sage de jeter par-dessus bord toute bouée de sauvetage !
Le gros problème fut aussi, de nature générationnelle comme il l'avait été pour l'Etat-major Français en mai 1940... et les responsables, qui avaient eu la mission de préparer ce projet de Constitution furent en retard d'une étape ou de plusieurs étapes de l'Europe et de... la Mondialisation même ! Il existe aujourd'hui, de nouvelles "lignes Maginot" et une nouvelle "cabale des dévots" du culte rendu à l'économie libérale... En effet, ce n'est pas en pleine compétition mondiale qui peut déboucher sur une crise de solvabilité des États-Unis, sur une crise de surproduction venue de la dictature communisto-ultra-libérale Chinoise et sur une crise de renchérissement du pétrole mettant en très grave difficulté notre mode de développement fondé en majeure partie sur l'automobile individuelle et le gaspillage des ressources rares, qu'il convient de jeter par-dessus tous les outils monétaires, budgétaires et d'abandonner ainsi toute stratégies de relance post-keynésienne, comme l'avait courageusement tenté, un temps, Jacques Delors, avec les propositions de relance contenues dans son "livre blanc", (torpillé par les gouvernements européens unis dans leur mutuelle inaction au nom du "laisser-fairisme").
En effet, seule une politique courageuse de création active et de développement post-industrialiste est seule à même, de réussir dans l'espace européen sachant vendre à sa juste valeur, son principal avantage comparatif : un ticket d'entrée suffisant pour accéder au plus vaste et au plus fructueux marché du monde, ce au moyen d'une préférence communautaire restant modérée et permettant de financer une vraie politique de régulation et de stimulation économique continentale. Mais pour ce faire, mieux vaut ne faut pas se tromper de décennie, à l'aune des bouleversements formidables, comme nous le montre l'actuelle transformation féroce et non maîtrisée de la Chine. Nous savons aussi que demain viendront d'autres géants qui ont pour nom l'Inde, le Brésil, et plus tard, enfin, ce qui est infiniment heureux pour nous, l'Europe, les pays sud de la Méditerranée et l'Afrique ...
Alors, pourquoi continuer à s'enfermer, face à ce véritable séisme économique incontrôlé, dans des postures inefficaces, visant à jouer à être les meilleurs élèves du dogme monétariste, les rescapés de feu le dépassé "consensus de Washington" ou à jouer à figurer parmi les "derniers des mohicans" du dogme de la "libre concurrence" sans rivage ? En outre, les tenants de ce dogme obsolète se trompent d'époque, et en appliquant des médecines inadéquates, ces "Sganarelles" de la "concurrence libre et parfaite" ne peuvent que jouer contre les Peuples, éroder leurs acquis sociaux conquis par un siècle et demi de rapports de force et de philanthropie, et par conséquent, saper l'assise du lien social dans nos sociétés et préparer des guerres...
La seule vraie question du moment qui compte devrait être : la défense concrète de nos Peuples et la sortie de notre funeste et inavouée "préférence européenne pour le chômage" et du "bradage" piteux de l'insertion de notre jeunesse au nom des sacrifices exclusifs rendus sur l'autel d'une prétendue inflation, véritable maladie imaginaire, contre laquelle notre bon Jean-Claude Trichet comme le lieutenant "Drogo", du "désert des tartares", monte depuis plus de vingt ans une garde aussi vaine qu'inutile...

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Commentaires
1. Le jeudi 27 avril 2006 à 07:13, par MG
2. Le lundi 15 mai 2006 à 10:30, par Didier Bonnin
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