QUE PENSER DE LA METHODE LASSALLE ?
Par Paul Alliès, dimanche 16 avril 2006 à 20:53 :: Démocratie, institutions, 6°république.. :: #37 :: rss
Le député UDF Jean Lassalle semble avoir remporté la bataille qui motivait ses 39 jours de greve de la faim: refuser le transfert de l'usine Toyal Aluminium située dans son canton d'Accous dans les Pyrénées-Atlantiques à Lacq, 65 km plus loin. Cette forme d'action soulève plusieurs questions intéressant nos institutions et leur fonctionnement.
1° question: que vaut la volonté d'un parlementaire ? Isolément, rien ou presque. Voici plus d'un siècle que le parlement fonctionne sur la base de la reconnaissance des groupes politiques et que les partis ont quasiment imposé leur autorité sur les députés (beaucoup moins sur les sénateurs).On s'étonnera donc que le groupe UDF ne se soit pas manifesté en tant que tel, hormis le soutien que François Bayrou a apporté à Jean Lassalle. 2° question: que représente un parlementaire ? La nation toute entière et pas une fraction du territoire de celle-ci. Juridiquement, Jean Lassalle qui veut incarner le Béarn à l'Assemblée nationale n'en a pas le pouvoir. Mais le mode de scrutin uninominal conduit les députés à s'identifier fortement à la circonscription qui les a élu. Le cumul des mandats renforce et fausse en même temps cette tendance: certaines circonscritions "pèsent" plus que d'autres et sont mieux représentées auprès des "pouvoirs publics".Par son action, le député Lassalle a bien défendu les intérêts de son canton d'Accous et de sa commune, pas forcément celui de sa région. 3° question: comment peut agir un parlementaire ? Dans la V° République , il est entièrement ligoté par l'assujettissement du parlement au gouvernement qui maitrise jusqu'à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale.On sait combien l'Assemblée en tant que telle est impuissante devant les délocalisations comme devant les décisions de l'Union Européenne défendant le marché unique et la concurrence. C'est l'enchevêtrement de ces questions qui a conduit le député Lassalle à choisir la voie de la désobéissance civile sous sa forme la plus extrême, la grêve de la faim par laquelle on met sa vie en jeu. Il a exercé ainsi une pression trés forte sur le gouvernement, ce que lui interdisait, on vient de le voir, le système de la V° République. Le général De Gaulle lui-même avait cédé en 1962, face à la grêve de la faim de Louis Decoin qui réclamait la reconnaissance d'un statut pour les objecteurs de coinscience. Cette fois-ci c'est le Premier ministre et le ministre de l'intérieur qui se sont livré à une concurrence médiatique pour ficeler un fragile compromis. Qu'il ait été passé sous le regard sceptique de l'ambassadeur du Japon n'ajoute rien à cette nouvelle preuve du délabrement de nos institutions.

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Commentaires
1. Le lundi 17 avril 2006 à 07:45, par christiandum
2. Le lundi 17 avril 2006 à 09:17, par ensemble et à Gauche
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