Notre sécurité sociale a eu 60 ans il y a quelques mois.

Pourtant alors même que nous devrions nous réjouir de sa longévité et de ses transformations, force est de constater que les prochaines échéances conditionneront directement sa pérennité et, surtout, sa capacité à rester fidèle à un de ses principes fondateurs essentiels, celui de solidarité.

Cette solidarité est mise à mal. A côté de notre système de socialisation des risques solidaire et public se développent de multiples couvertures privées. L'accès à ces dispositifs se fait par une sélection évidente, celle de l'argent. Le projet des AGF de couverture "excellence santé", retiré face aux huées, n'est que la partie emmergée de l'iceberg. Laisserons-nous se développer des systèmes privés en matière de santé, de retraite?... La gauche a parfois accompagné leur essor: PERP, PERCO, PPESV, aides à l'acquisition d'une couverture complémentaire...

Cette solidarité est également mise à mal par la dette. Nous vivons actuellement, pour partie, à crédit. Or, les droits sociaux non financés ne sont pas des droits sociaux: comment préserver ce système de solidarité des jeunes vers les anciens, des biens portants vers les malades, des citoyens vers les familles, des "inclus" vers les "exclus"?

Une solution doit être trouvée en matière de financement. Nous devons apporter une attention particulière à préserver l'équilibre financier de la sécurité sociale, à lui donner les conditions de sa pérennité. Il faut assurément trouver de nouvelles recettes et sources de financement. Toutefois, en ces matières, force est de constater qu'il n'existe pas de deux ex machina ou de trésor caché qui permette, demain de pourvoir au financement de l'ensemble des besoins sociaux: la santé coûte de plus en plus cher, le besoin de financement pour nos retraites est important, les besoins sociaux appellent de nouvelles réponses (vieillissement, sécurité sociale professionnelle, politique vis à vis des exclus et des toujours plus nombreux citoyens aux mareges de la "modernité") Il conviendrait également promouvoir une véritable réforme de gestion, pour garantir que chacun sur le territoire dispose de l'ensemble des sécurité nécessaires. Cela implique notamment, en matière de santé, de garantir l'accès de tous sur le territoire à des soins de qualité. La formule peut sembler creuse. Toutefois si notre système de soins est qualifié de meilleur système au monde, force est de constater que la réparatition de l'offre de soins est très disparate: la permanence des soins est mal assurée, les infrastructures sont parfois vétustes et les équipes réduites ou inadaptées. L'analyse de la répartition géographique des établisssements de santé, des spécialistes, des généralistes (secteurs 1 et 2) a de quoi faire frémir... Nous devons repenser notre carte sanitaire en rélfechissant aux moyens d'offrir à chacun les meilleurs soins sans pour autant négliger les besoins d'une gestion efficiente, l'argent public ne pouvant en aucun cas être jeté par les fenêtres...

Car la solidarité est également remise en cause par la diffusion d'une idée confortable, du cela va de soit, d'attitudes de consommateurs de la part des citoyens-assurés. La protection est aujourdh'ui considérée comme un acquis, presqu'un du. L'efficacité du système est, tous les jours, à tort ou à raison, remise en cause. D'une part, le "budget social" est aujourdh'ui le premier poste de dépenses publiques. Chaque euro dépensé devrait être justifié. Nos responsables politiques devraient en rendre compte et démontrer que chaque euro dépensé répond aux besoins de solidarité, aux sécurités sociales universelles dont chaque citoyen doit disposer, partout en France, sans considération de ses revenus. D'autre part, la légitimité de la sécurité sociale doit être réaffirmée auprès de chaque français. Chacun doit savoir combien celle-ci lui /nous coûte. Chacun doit avoir conscience que c'est un bien précieux qui doit mobiliser un sentiment de responsabilité: responsabilité dans l'usage que l'on en fait, repsonsabilité aussi dans sa gestion par des représentants légitimes.

La solidarité est également mise à mal par la "crise" entre générations. Il faudra réinventer un lien entre les générations. Alors que notre population vieillit, que la jeunesse connaît le chômage et la précarité, nos responsables politiques doivent inventer les moyens de renouveler le contrat social autour de nouvelles relations et de nouvelles valeurs. Réaffirmer la valeur de solidairté c'est aussi apprécier aujourdh'ui les protections dont chacun doit pouvoir disposer à chaque âge de la vie.

Les enjeux sont considérables. Si le progrès médical est une chance pour pouvoir vivre plus longtemps et en meilleure santé, son coût est de plus en plus élevé. Alors même que nombre de français vont partir à la retraite au cours des prochaines années, nous nous rendons compte du caractère inéquitable de notre système de retraites: celui-ci est de plus en plus construit en fonction des trevenus de chacun, il ne prend pas en compte l'espèrance de vie et la pénibilité du travail de chacun, il est inadapté aux carrières précaires et n'assure pas la couverture nécessaire aux actifs ayant des carrières heurtées et/ou diverses... et face à cela, la couverture sociale offerte aux jeunes actifs ou inactifs demeure insuffisante...

Face à ces défis, le conservatisme est impossible. Notre protection sociale doit évoluer pour, demain à l'instar de son histoire, répondre pleinement aux besoins de sécurité de nos concitoyens. Ce besoin est au coeur même de l'histoire des hommes. Au fil des âges, celle-ci peut être appréciée comme une recherche de sécurité. Aussi devrions-nous aujourd'hui inventer les nouvelles pistes pour répondre à ces besoins, en affirmant, résolument, notre attachement à un système encore plus solidaire, en transformant notre système de protection sociale.

L'effort de rénovation doit être profond. Il doit être financier, politique, organisationnel pour garantir que les besoins sociaux aient la réponse que notre système solidaire de protection doit assurer. Aujourd'hui. Demain. En respectant un précepte essentiel, élaboré en 1945: la sécurité de tous ne peut que passer par la solidarité de chacun. Ce n'est ni plus ni moins que ce que le peuple de gauche a tâché de défendre au cours de ces décennies et au cours des dernières semaines. L'action est nécessaire. La solidarité ne peut être décrétée. Elle demeure à construire et à inventer.

Nous pouvons le faire tous ensemble. En échangeant sur ce blog (merci d'avance). En participant aux travaux dans le cadre du projet, ou, le cas échéant, en me faisant signe?

benjamin.ferras@gmail.com responsable du groupe de travail "protection sociale"