La décantation annoncée par François Hollande au sortir du Congrès du Mans s’opère : Jack Lang ne pourra se présenter, Arnaud Montebourg ne peut se présenter. Tous les éléphants s’accordent pour réduire l’offre aux candidats éprouvés par le temps, en attendant, peut-être, la décantation ultime.

Que faire dans cette séquence ? Attendre ? Attendre jusqu’à ce que le gagnant soit désigné ? Bouger et faire un choix, vers l’un ou l’autre des candidats déclarés, pour tenter à nouveau de peser sur le cours des choses ?

Le champ politique français se structure aujourd’hui autour d’au moins deux axes forts :

  • l’axe « antilibéralisme » ou « ancrage à gauche » d’une part ;
  • l’axe « renouvellement des élites politiques » d’autre part.

Le premier axe correspond à la structuration politique révélée par le résultat du référendum du 29 juin 2005 sur le TCE. Avec la victoire du NON, une majorité nette et claire (par le taux de participation élevée) s’oppose à l’essor du libéralisme débridé. Si l’on dépasse la question du TCE, temps fort, mais qui n’épuise pas le sujet de l’antilibéralisme, cet axe est celui de l’ancrage à gauche. Il recoupe le débat interne au PS sur le social libéralisme, et/ou le « réalisme » excessif dont certains de nos anciens leaders ont pu témoigner au pouvoir, au risque de perdre le contact avec l’électorat populaire.

Le second axe est révélé par les enquêtes d’opinion quantitatives et qualitatives depuis l’hiver dernier, mais aussi par les contacts fréquents et répétés avec nos concitoyens : il existe dans ce pays, comme à certains moments de son cycle politique depuis l’avènement de la 5ème République, une aspiration profonde au renouvellement des élites politiques. Le sentiment se répand, que celles qui se partagent le système politique depuis longtemps ont failli. Il se renforce de l’épuisement du chiraquisme. C’est cette aspiration qui pousse à droite (au-delà de l’instrumentalisation des médias) la candidature Sarkozy mais qui peut aussi, demain pousser celle d’un Bayrou. A gauche, et en particulier au PS, la candidature de Ségolène Royal est incontestablement boostée par cette aspiration. Le travail de rénovation participe de la réponse à apporter à cet aspiration au renouvellement. Sans rénovation, le renouvellement est exposé au risque de n’être qu’une « politique academy ».

En croisant ces deux axes, quatre espaces se distinguent, occupés par les différents candidats à l’investiture présidentielle du PS :

  1. Celui du NON ou de l'ancrage à gauche le plus profond, et du renouvellement : il est occupé par Arnaud Montebourg. C’est, pour nous, l’espace idéal mais notre candidat est « interdit ».
  2. Celui du OUI ou d'un ancrage à gauche moins profond, et du renouvellement est occupé par Ségolène Royal.
  3. Celui du OUI ou d'un ancrage à gauche moins profond et de « l’expérience » est occupé par les éléphants : DSK, Lang (interdit), Jospin … et d’une certaine manière Hollande, même s’il n’est pas déclaré.
  4. Enfin le dernier espace, celui du NON ou d'un ancrage à gauche plus profond et de l’expérience est occupé par le dernier éléphant : Fabius.

Vient ensuite la question de la capacité à faire gagner la gauche. Aujourd’hui, les enquêtes d’opinion indiquent que la candidature de Ségolène Royal serait la mieux à même de permettre la victoire face à la droite. Nombre de nos concitoyens, comme les adhérents (nouveaux et anciens) du PS veulent cette victoire. Difficile de ne pas prendre en compte ce facteur dans nos analyses. Pourtant la candidature Royal ne s’est pas imposée au Parti. Quel sera le choix des fédés qui « font » les décisions au sein du PS par leur taille : Paris, les Bouches du Rhône, le Pas de Calais, le Nord, la Haute Garonne, l’Hérault … ? Et si au final, elles choisissaient la sécurité des éléphants ? Ou bien, si, au contraire, elles choisissaient de favoriser le renouvellement (qui reste un combat) ? Et, pourquoi pas, de tirer vers la « gauche » la candidature « Royal » ?

Notre courant, à l’image du PS et de la gauche tout entière est composite. Comme le montre la dernière étude de la Fondation Jean Jaurès, nous comptons aussi dans nos rangs des « étatistes », des anti autoritaires », des « réfractaires », quelques « sociaux libéraux » et même des «radicaux » … autant de grilles de lectures différentes face à cette question du choix ou non d’une éventuelle alliance.

Parmi nous, lorsque la question du retour au réel se pose, certains privilégieraient volontiers l’alliance avec « Fabius » en raison de notre communauté de vue sur le TCE. Pour d’autres, le choix de Fabius sur le TCE n’efface pas les pratiques et choix politiques anciens.

Pour d’autres, il est urgent d’attendre, pour se dégager une véritable possibilité de négociation avec les finalistes. Certains suggérant que nous n’aurions pas d’autre choix que de nous rallier au gagnant, le moment venu, au risque de biffer d’un trait un combat de quatre ans contre les choix politiques ayant conduits à la défaite en 2002 et contre les personnalités ayant incarné ces choix.

Enfin, certains suggèrent que l’idéal nous étant interdit, nous pourrions être utiles en soutenant, sans ralliement, la candidature « Royal », qui nous permettrait de favoriser le renouvellement et d’exercer une influence. Mais est-il possible de concilier renouvellement et ancrage à gauche ?

Quoiqu’il en soit, au final il nous faudra assumer, ensemble, l’alliance que nous aurons su choisir. Sinon elle nous sera imposée … et rien ne dit que nos idées, que nos réseaux, en sortiraient gagnants.

Hugo Barine