La candidature d'Arnaud représentait la seule expression dans laquelle je me retrouvais totalement, ce qui ne surprendra personne. J'étais de ceux qui le poussaient à cette éventualité depuis plusieurs mois. Maintenant, il s'agit d'analyser et de déterminer la meilleure façon de peser sur le cours des choses, de manière à ce que les idées que nous portons, et qui incarnent une forte espérance dans le parti et la population, ne soient pas marginalisées et réduites à l'impuissance politique et l'incantation.

D'abord, il faut admettre que nous ne sommes pas en période de congrès, où il importe de compter son influence militante. L'échéance qui est devant nous appelle au rassemblement de tous les socialiste derrière celui ou celle que les militants auront désignés. Devons-nous rester en dehors de ce processus ? Il me semble qu'une telle attitude confinerait au plus parfait autisme politique, et n'a d'autres perspectives qu'une position sacrificielle de notre leader. Le Golgotha n'est pas une perspective politique.

Passé le moment de deuil de la candidature d'Arnaud, il faut se poser la question de l'efficacité et de notre capacité à peser pour que les idées que nous incarnons profondément trouvent l'écho le plus large possible dans le programme de tel ou tel candidat. L'aspiration des militants, à l'image de celle des Français, n'est pas de reproduire les vieux schémas, quelque peu éculés, que le parti leur propose depuis 25 ans. Il y a une véritable soif de renouveau, et même de rénovation, tant sur le plan des idées que de celles et ceux qui les portent.

Faut-il pour celà s'allier au gotha des socialistes, dont je ne remets pas en cause l'honorabilité ou les compétences, ni même les convictions, mais dont il faut bien admettre qu'il ne fait plus rêver les Français, dans le meilleur des cas. Ce gotha, souvent pachydermique, a beau s'essayer à changer de langage, à promouvoir une certaine vision de la société en rupture avec sa propre pratique des 20 dernières années, à dénoncer chez les autres ses propres convictions, il n'arrive pas à entamer le crédit que les idées de novation trouvent dans l'opinion publique.

Notre choix dépendra donc de la capacité de ce discours politique à rencontrer nos convictions de rénovation et d'ancrage des positions du parti résolument à gauche. Nous avons le sentiment d'un rendez-vous majeur avec le destin de la France et des Français. Ne pas y être, c'est prendre la responsabilité de voir ce destin aux mains d'une droite ultra-libérale et la construction d'un régime autoritaire et d'un pays inégalitaire. C'est prendre le risque de l'insécurité sociale, de la destruction des acquis historiques, du retour en arrière.

Nous ne pouvons courir ce risque pour des histoires de chapelles. Le rassemblement est nécessaire, dans le respect des identités de chacun. "Rénover Maintenant" doit être l'un des artisans de cette construction, et y prendre toute sa part.

"Le courage c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel". La définition de Jean Jaurès est, semble-t-il, bien intemporelle...

Michel Moine