Le Liban est en voie de destruction totale et pourtant les observateurs s'accordent à dire que les forces du Hezbollah sont encore pratiquement intactes. Les roquettes continuent de s'abattre sur le nord d'Israël. Coté israélien, 12 civils tués, 13 blessés, 8 militaires tués le 12 juillet et surtout trois soldats faits prisonniers. La capture de ces soldats est la raison officielle invoquée pour justifier le déclenchement de la plus importante opération militaire depuis l'invasion israélienne du Liban en 1982. Le compte est vite fait : le nombre des victimes civiles et des pertes militaires est sans commune mesure. Ni le G8 réuni à Moscou, ni le conseil de sécurité des nations unies n'ont souhaité condamner l'offensive israélienne sur le Liban. Les gouvernements des pays occidentaux observent la même acceptation tacite. Chacun y va cependant de son couplet moralisateur pour appeler les belligérants à "la retenue" et réclamer l'application immédiate de la résolution 1559 portant sur le désarmement des milices Libanaises en général et du Hezbollah en particulier. Aucune référence au respect d'une quelconque ligne rouge que le droit, l'honneur et la morale interdiraient de franchir. Et les Israéliens, que réclament ils ? La libération de leurs soldats prisonniers, l'arrêt des tirs de roquettes sur le nord d'Israël et l'application de la résolution 1559. La revendication par Israël de l'application d'une résolution des nations unies est, pour le moins, inhabituelle… Le gouvernement libanais n'ayant jamais été en capacité de désarmer le Hezbollah, quelqu'un devait donc s'en charger. Difficile mission compte tenu de son étroite imbrication dans la population libanaise qui rend toute tentative de "frappe chirurgicale" complètement illusoire. Les Israéliens seraient-ils devenus les exécuteurs privilégiés des missions spéciales du nouvel "ordre international" ? La communauté internationale serait elle en train d'instrumentaliser l'armée israélienne comme Sharon, en son temps, a instrumentalisé les milices chrétiennes ? Et quelles seront ses prochaines missions ? Damas ? Téhéran ? …Il faudra, sans doutes, trouver quelqu'un d'autre pour la Corée du nord ! Il faut bien, parfois, que certains se dévouent, en échange de quelques indulgences, pour franchir la ligne rouge, se charger des mauvaises besognes et sauvegarde ainsi "l'honneur et la respectabilité" des nations "civilisées"…

Décidément, il n'y a pas qu'en matière de politique intérieure que "Morale et Probité" auraient grand besoin d'être restaurées.