Alors qu'il se réclame toujours plus intransigeant envers ces «délinquants ordinaires», le président de l'UMP et ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, a déjà annoncé que s'il était élu président de la République, il «offrirait» à Alain Juppé la présidence de l'Assemblée nationale. La confiance des citoyens envers leurs représentants politiques n'est-elle pas déjà suffisamment vacillante pour organiser ainsi la réhabilitation d'un candidat ayant trompé les électeurs ?

Le retour d'Alain Juppé est choquant et immoral à plusieurs titres. Il accrédite la thèse du «tous pourris» défendue par l'extrême droite, et ce à l'heure où Jean Marie Le Pen clame qu'il sera au second tour de l'élection présidentielle. C'est, ensuite, un signal alarmant de l'état pitoyable de notre démocratie. On ne peut prétendre renouer la confiance perdue en faisant l'éloge de ceux qui ont détourné l'argent public de son usage légal. Il indique, enfin, que l'UMP et son chef, ministre de l'Intérieur, assurent l'impunité perpétuelle des hommes politiques. La France demeure parmi les rares pays européens à pratiquer le recel et la complicité de recel de candidats douteux !

Tant que les Français pourront nourrir des doutes quant à l'intégrité de leurs représentants, les extrêmes de tous poils auront de beaux jours devant eux.

C'est pourquoi les réseaux anticorruption doivent manifester massivement à l'occasion de l'élection municipale anticipée à Bordeaux. Nous formulons aussi le voeu, déjà repris par quelques députés (de droite et de gauche) sous forme de propositions de loi, qu'un élu condamné soit inéligible. Encore faut-il que le système des partis, sous l'égide duquel est entièrement dévoyée la Ve République, soit lui-même sérieusement remis en cause.

Il en va de la crédibilité des candidats à l'élection présidentielle et de leurs partis politiques. A eux d'agir fermement contre de telles pratiques, en entreprenant les réformes nécessaires à l'établissement d'une nouvelle démocratie, basée sur de réels contre-pouvoirs et sur la participation des citoyens aux décisions et au contrôle de la gestion publique.

Séverine Tessier est Présidente d'ANTICOR, association d'élus contre la corruption, parrainée notamment par Eric Halphen, Corinne Lepage, Christiane Taubira, Tristan Mendès France...


Ce texte a été publié en tant que tribune dans la page "Rebonds" de Libération du samedi 2 septembre.