Croire au progrès ?
Par Jean-Pierre Repiquet, mardi 5 septembre 2006 à 17:28 :: Recherche, sciences :: #68 :: rss
Je fais partie d'une génération élevée dans le culte de la science et du progrès. L'avenir, que l'on situait au-delà de l'an deux mille, devait forcément être meilleur et verrait le triomphe de la science au service de tous. Les famines n'existeraient plus, les plus graves maladies seraient éradiquées, la paix règnerait sur la terre entière et le progrès scientifique assurerait l'opulence et la prospérité de tous les habitants de la planète. De nombreux éléments étayaient cette foi aveugle en l'avenir.
Le progrès est une notion chère aux philosophes du siècle des lumières. Au XVIIIème siècle Condorcet s'en fit l'apôtre et, au XIXème, Auguste Comte, avec son "positivisme", en assurera définitivement le triomphe. Les théories évolutionnistes de Lamarck et Darwin poseront les bases d'une nouvelle cosmologie où la croyance en un dieu créateur cède le pas à la foi en la toute puissance de l'homme épaulé par la science. En effet, la notion de progrès suppose la mise à l'écart de toute religion présentant la vie terrestre comme une phase expiatoire destinée au rachat du "péché originel". Elle instaure, au contraire, le "droit au bonheur", pour tout homme, par le développement de la jouissance des biens offerts par la nature, l'art et la connaissance.
Auguste Comte résumera la théorie positiviste en une formule : "L'amour pour principe, l'ordre pour base et le progrès pour but". Cette trilogie viendra profondément bousculer les rapports sociaux et la hiérarchie séculière et spirituelle hérités de l'ancien régime. La quête du progrès social, aiguillonné par "l'amour pour principe" et la philanthropie, déboucheront sur la sociologie marxiste qui a profondément marqué et marque encore notre vision de l'avenir.
Mon père a mieux vécu que ses parents et j'ai, moi-même, mieux vécu que lui. Je n'ai pas connu la guerre sur le territoire national, après mes études je n'ai eu aucun mal à entrer dans le monde du travail et j'ai bénéficié de soins médicaux d'une excellente qualité. Ma retraite sera prise en charge et j'aurais bénéficié d'une constante augmentation de l'espérance de vie. Si je m'en tiens à ce constat, j'ai eu raison de croire au progrès.
Et pourtant ! La misère et la guerre, les épidémies et les famines, l'injustice et la barbarie ravagent la planète. Le progrès n'a pas été partagé par tous et ne vaut donc plus grande chose. Mes fils n'auront probablement pas la même chance que moi. Ils risquent fort de connaître le chômage, leur retraite n'est qu'une utopie et je sens en eux une crainte de l'avenir que je n'ai jamais éprouvé. Le passage à l'an deux mille, seuil symbolique, a consacré une grave désillusion, l'amorce d'un désamour du progrès. Le progrès est il vraiment en faillite ? Peut on encore croire en lui ?
A quoi bon s'interroger, nous sommes, de toutes façons, condamnés au progrès.
Cette crise est due au fait que la société progressive est peu à peu devenue société progressiste. Le progrès moral a été confondu et finalement dilué dans la notion générale de progrès "tout court". Truffaut et Fellini ont tous deux, dans un de leurs films, proféré le même avertissement : "si tu ne t'occupes pas de la politique, la politique s'occupera de toi".
On le sent bien aujourd'hui, les hommes ne parviennent plus à s'identifier à des personnages politiques, à adhérer à des idées, ils sont principalement en recherche de valeurs morales. Il est essentiel que les hommes (et femmes) politiques prennent en compte cette attente, cette recherche d'un nouveau positivisme et remettent en route un système ou le monde s'améliore au même rythme que l'homme qui y vit. Progrès technique et progrès moral ne peuvent progresser l'un sans l'autre. Ne l'oublions pas.

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Commentaires
1. Le mercredi 6 septembre 2006 à 11:44, par Julien
2. Le samedi 9 septembre 2006 à 08:57, par françoise
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