A Vitrolles, Ségolène m'a royalement plu.
Par Jean-Pierre Repiquet, vendredi 6 octobre 2006 à 14:56 :: Campagne présidentielle 2007 :: #73 :: rss
L'autre soir je suis allé à la salle des fêtes de Vitrolles pour voir et entendre Ségolène. J'y suis allé sans enthousiasme particulier mais, en tous cas, sans à priori. Elle rentrait tout juste de Dakar et, dans la journée Lionel Jospin avait déclaré forfait tout en lui lançant un dernier coup de griffe. Pour elle la route semble désormais droite et dégagée jusqu'au scrutin présidentiel. Sans doute influencé par l'image qu'en donnent les médias, je l'attendais nerveuse, hésitante, pleine d'une arrogance défensive. Elle s'est présentée fraîche et détendue, souriante et émue, sincère et déterminée, présidentiable… Eugène Caselli, a été un maître de maison parfait. Courtoisie sans failles, organisation irréprochable, prévenance sans obséquiosité. L'hommage à Ségolène d'une des plus grosses fédérations de France.
Jean Noël Guérini a ensuite pris la parole. Ce petit bonhomme jovial et rondouillard se métamorphose dès qu'il monte à la tribune. Sa voix chaude et vivante, marquée d'une pointe d'accent du Niolo, envahit tout le volume disponible et fascine peu à peu l'auditoire. Tour à tour il captive, passionne, invective, galvanise et finit toujours par convaincre. Il est probablement un des tribuns les plus efficaces du paysage politique français. Il a adressé un vibrant appel à soutenir Ségolène et… Il a été entendu. Et ce fut enfin le tour de Ségolène. Elle explique que c'est ici, à Vitrolles, dans cette ville malmenée par l'extrême droite puis enfin reconquise par la gauche, qu'elle avait symboliquement décidé de nous annoncer sa candidature. Elle est très calme, les mains posées bien à plat sur le lutrin elle évite toute gesticulation. Elle sourit avec douceur et franchise. L'émotion transparaît parfois sur son visage et roule dans sa voix. Assis au premier rang, Arnaud Montebourg la regarde avec attention et lui adresse de petits signes d'approbation. Je me demande s'il est l'auteur de son discours, il me semble reconnaître quelques unes de ses figures de style habituelles. C'est possible, il est une des plus belles plumes du landernau politique et, après tout, elle l'a choisi comme porte-parole… Ségolène parle de la France et des français et elle a le ton juste. François Mitterand l'avait choisi, toute jeune, pour entrer à son cabinet. Il s'y connaissait en hommes et en femmes et il ne s'était pas trompé.
Elle parle de notre quotidien : "Plus les insécurités quotidiennes et sociales et les précarités gagnent du terrain, plus les Français ont mal en leur France et plus ils s'inquiètent de la pérennité de la Nation, et moins ils sont portés à la vouloir généreuse avec les siens et hospitalière aux autres". "Nous croyons à la France, à ses talents, à son potentiel, à sa jeunesse, à son esprit d'entreprendre et à la solidité toujours actuelle de la Nation, de l'Etat et de la République".
Elle parle de l'immigration : "La France doit achever de reconnaître comme ses enfants légitimes ceux dont les familles sont venues d'ailleurs et qui sont aujourd'hui des Français à part entière, quoique toujours exposés aux discriminations". "Jusqu'à quand parlera-t-on de Français de souche, comme si les autres étaient de feuillage ou de branchage ?".
Elle parle du clivage Gauche/droite : "Il y a bien des réponses de droite et des réponses de gauche". "Les Français ne veulent pas d'une fausse rupture". "La droite a le toupet d'appeler réforme le démantèlement des protections sociales et l'avènement d'une société du précariat avec le CNE et le CPE". "Les Français ne sont pas hostiles au changement, ils l'attendent même désespérément". Elle parle du socialisme : "Le socialisme, ce n'est pas une momie enveloppée de bandelettes doctrinales". "Comme disent les rappeurs marseillais d'Iam, (il faut) inventer le futur plutôt que sampler le passé, car bien sûr le monde a changé". "Le PS devient et deviendra pendant cette campagne un de ces lieux d'exception où l'on sait remettre en chantier l'examen du réel".
Elle parle de sa vision de l'Europe et du Monde : "Ce dont on a besoin, c'est d'un vrai changement, appuyé sur un impérieux devoir d'invention afin de construire le progrès pour tous et le respect pour chacun". "C'est en restant au service des valeurs de justice et de progrès que nous pourrons résister le plus efficacement aux vents mauvais d'un libéralisme sans foi ni loi et saisir ensemble les opportunités d'une mondialisation qui porte dans ses flancs le pire comme le meilleur". "Nous devons incarner l'ambition d'une France économiquement dynamique et socialement plus solidaire". "Je m'oppose à une diplomatie rhétoricienne, sans crédit. Je veux une diplomatie du partenariat exigeant, libre dans la parole, parce qu'un allié authentique est quelqu'un à qui on peut dire la vérité". "Je veux une France juste à l'extérieur de ses frontières, car dans un monde qui se déchire, hanté par les conflits de civilisation, la justice est ce à quoi nous aspirons tous à l'échelle de la planète, de Bagdad à Kaboul ou Guantanamo".
J'écoute et je me dis que tout cela n'a rien d'un discours provocateur et populiste comme le prétendent certains. Je me dis qu'il y a bien longtemps que l'on avait pas aussi bien parlé du socialisme et des espérances de gauche. Et je me dis que, sur la scène internationale, la France serait bien mieux représentée par cette femme que par le petit teigneux qui joue déjà les envoyés de la république auprès des grands de ce monde. Et je me dis qu'il est heureux que ce soit une femme et que c'est décidé, je voterai pour elle…
Ce billet est daté du 3 octobre. Jean Pierre Repiquet est membre de RM13.

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