Fabius, héraut de la VIème ? Un contresens et une faute : petite rénovation, grandes ambitions
Par Jérôme Durain, samedi 28 octobre 2006 à 19:21 :: RM en débat :: #76 :: rss
Immense déception et colère sourde à la lecture du papier des "secrétaires généraux de RM et de la C6R" paru dans Libération ce 26 octobre. Sur le titre rien à redire : "L’avenir passe par la VIème république". C’est après que cela se gâte. En quelques centaines de signes, l’union prometteuse de la rénovation et de la convention, accouche d’un contresens et d’une faute politique. Et, rétrospectivement, cette déclaration d’amour improbable pour Laurent Fabius éclaire d’un jour suspect des semaines d’un questionnement estival que l’on croyait jusqu’alors sincère.
Nul besoin de s’appesantir sur les mois écoulés depuis juin, sur les tourments intimes de rénovateurs refusant de choisir entre Charybde et Scylla. Réfutant à la fois la méthode, l’anticipation stratégique d’un leader politique, vécue comme un viol démocratique insupportable pour un mouvement si attaché à la démocratie, et le rapprochement stratégique avec Ségolène Royal accusée d’être aux antipodes des rénovateurs sur tous les sujets, notamment au plan institutionnel. Des procédures ont été définies. Le débat a eu lieu. Les militants se sont exprimés : clairement.
Deux solutions s’offraient alors à ceux qui s’opposaient au rapprochement avec Ségolène Royal pour acter ce désaccord stratégique : se plier à la logique majoritaire, ce qui n’est pas infâmant en démocratie, ou quitter le mouvement, solution qui n’empêche pas les amitiés.
C’est une troisième voie bien tortueuse qu’ont choisie certains "rénovateurs". Celle du tout ou rien : jouet cassé, machine grippée, terre brûlée…
Et les voilà aux côtés de Laurent Fabius à hurler avec les loups contre les jurys citoyens !
Venons en au contresens. Voilà donc la démocratie participative érigée en populisme. Porto Alegre devenue capitale du despotisme, le budget participatif réduit à un instrument d’oppression des masses… Ainsi les acquis encore trop timides des démarches d’économie sociale et solidaire seraient à passer par pertes et profits, alors même que les conseils de quartier, les comités consultatifs de la vie locale, les conseils municipaux des jeunes contribuent à raccrocher à la vie citoyenne des électeurs déçus, perdus…Ces démarches, qui reconnaissent à d’autres qu’aux élus politiques une légitimité à se prononcer sur la conduite des politiques publiques, offrent un nouvel espace de délibération, au périmètre clairement défini. Ces instances originales constituent des points d’appui pour la démocratie représentative et sont autant d’espaces d’information, d’élaboration partagée, d’évaluation de l’action des élus locaux ou nationaux. La démocratie directe ne se substitue pas à l’élection : elle la complète et l’enrichit. Il ne saurait être question pour Ségolène Royal d’opposer entre elles les formes de la démocratie (sociale, représentative, participative). Encore moins d’instaurer une tutelle de l’une sur l’autre.
Ce contresens n’est donc pas fortuit, et le fait de prêter des intentions grossières prêtées à Ségolène Royal, une faute politique.
Instrumentaliser la VIéme république dans la désignation interne est le pire des services qu’on pouvait lui rendre. De quelle légitimité se prévalent ceux qui ont vendu la VIème République à Laurent Fabius ? Ultra-minoritaires dans leur courant, sans-mandat de quiconque, ils ternissent une belle idée sans gages sérieux. J’ai beaucoup de respect pour Laurent Fabius. Mais je n’ai jamais vu qu’il ait manifesté sur la question institutionnelle un engouement particulier. Si DSK prône clairement un régime présidentiel, Laurent Fabius est plus flou, se prononçant pour une république parlementaire sans trancher sur la nature du régime actuel et les déséquilibres de l’exécutif d’où viennent toutes nos difficultés. Nous sommes très loin de la VIème. Je crois en la sincérité de militants désemparés qui pensent avoir trouvé en la personne de Laurent Fabius le héraut d’un socialisme « du non » fortement teinté d’antilibéralisme. Je demeure intimement convaincu qu’aucune construction politique durable ne sortira de ce front de la colère et du dépit. Et la VIème république se réveillera bien seule au lendemain de la désignation. Non, il n’y pas de gages particuliers chez Laurent Fabius pour la VIème république. Peut-être y trouve-t-on en revanche des promesses pour ceux qui croient la lui avoir offerte ?
Terminons par une indiscrétion. Ségolène Royal confiait ce mercredi aux membres de son comité d’animation politique qu’elle était très inquiète de la réalité du fossé démocratique qui se creusait, en France, entre les citoyens et leurs dirigeants. Elle ajoutait être étonnée et inquiète que cette question ne soit pas davantage prise en compte par les autres candidats socialistes à l’investiture. Ségolène Royal a proposé une révolution démocratique. Elle a mis au centre de la campagne la question démocratique. Elle esquisse, concernant la démocratie sociale, les institutions et la démocratie directe, des propositions intéressantes et courageuses. Ségolène Royal nous apporte un engagement sincère pour un renouveau démocratique. Elle n’a pas exclu que cela puisse être la VIème république. C’est à nous qu’il revient de la convaincre d’aller au bout de cette logique. Seule la victoire en 2007 nous offre la possibilité de traduire dans les faits cette VIème république. La désignation de Ségolène Royal en est le préalable nécessaire. Alors effectivement, l’avenir passe par la VIème république. Mais il est clair désormais que la rénovation ne passe plus par Michaël Moglia.
Jérôme Durain

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