De l'humour et de certains médias
Par Éric Loiselet, samedi 27 janvier 2007 à 23:28 :: Campagne présidentielle 2007 :: #90 :: rss
Après être sorti sur RTL vendredi matin, le canular téléphonique de l'humoriste (?) Gérald Dahan a bondit à l'extérieur avec une diffusion sur les ondes du groupe Lagardère. L'imitateur est interviewé par Jean-Marc Morandini sur Europe 1 . Un extrait de l'enregistrement passe à l'antenne. Puis on retrouve la totalité de l'enregistrement sur le blog de M. Morandini (en exclusivité) ... Certes l'espace audiophonique est bien balisé, au départ en tout cas : on reste dans le registre décalé du divertissement radiophonique. Mais bientôt l'information circule à la vitesse du son dans les salles de rédaction de France et de Navarre et là, les cloisons tombent : plus d'espace réservé. La sauce commence à prendre, le soufflé à monter. Mais très vite il fait pschiit ou flop, si vous préférez. Ségolène Royal, même piégée, témoigne à la fois d'un humour partagé par nombre de ses concitoyens, de sa spontanéité par son rire, mais aussi et très vite de son pragmatisme tourné vers la résolution de problème, sans rien céder sur le fond et la forme. Et tout cela est perçu par les auditeurs. Au grand dam vraisemblablement des collecteurs et diffuseurs de prétendues "bourdes ou boulettes".
Revenons toutefois sur ce qui apparaît en réalité comme un montage, un montage qui cherche à nuire. Gérald Dahan, imitateur de métier, est aussi animateur de sessions de formation ou de réunions à l'UMP. Dans la foulée de la tentative (avortée) de planter Ségolène Royal suite à ses déclarations à l'issue de sa rencontre avec M. Boisclair, le Président du Parti Québécois, M. Dahan ressert le couvert, derrière le masque du canular téléphonique. A peine mis en boîte, celui-ci est diffusé moins de 36h après sur RTL et immédiatement repris sur Europe 1 pour se retrouver dans la foulée sur le blog de M. Morandini. Une telle vélocité, même à l'heure du village global, reste inhabituelle, surtout pour un canular. Faire fonctionner le tam tam du village global n'est pas à la portée du premier venu. Quand, avec l'aide de qui et comment l'interview de M. Dahan par M. Morandini a-t-elle été décidée et organisée ?
Il s'agissait visiblement de frapper fort, d'assurer au canular une audience maximale en complétant celle de RTL par celle d'Europe 1 ... tout en laissant très vite sur le net l'intégralité de l'enregistrement. Avec l'espoir d'un buzz assourdissant. Ce qui n'a pas été obtenu par le canal des éditorialistes politiques (pour la plupart d'entre eux les déclarations initiales de Ségolène Royal ne prêtaient pas à controverse) il s'agissait de l'obtenir par le canal des "humoristes", en mettant en oeuvre simultanément de vieilles règles de la propagande : - répétez, répétez, répétez - plus c'est gros mieux ça passe - calomniez, calmoniez, il en restera toujours quelque chose. Il est d'ailleurs remarquable que M. Morandini interroge M. Dahan sur la portée de son canular en période de campagne électorale, ce dernier bottant en touche. Question et réponse donnent la furieuse impression d'une préparation millimétrée.
Cette nouvelle séquence du "Ségo bashing" qui a débuté avec l'année révèle que les "task forces" (les "officines" ?) de l'adversaire sont chargées de faire très fort très vite. La violence de l'offensive, l'intensité des attaques, le redoublement des coups témoignent de l'affolement qui a saisi le camp sarkozyste devant la menace que représente pour eux la candidature de Ségolène Royal. Le souvenir de la campagne présidentielle de 1995 revient en mémoire : entre début janvier et début février, la pression sur le candidat Chirac a été terrible, au point qu'il était interpellé publiquement par d'éminents journalistes soucieux de lui éviter le pire : "n'envisagez-vous pas, Mr Chirac, le retrait de votre candidature ?". On sait ce qu'il advint 3 mois plus tard.
Déjà les rumeurs se lèvent annonçant la "cressonisation" (aimable néologisme !) de la candidate socialiste, les conseils amicaux l'invitant à baisser pavillon apparaissent aux marges du théâtre politico médiatique. L'offensive n'a pas encore atteint son paroxysme.
Tenons bon, tenons le cap. Et suggérons à certains humoristes tentés de franchir à nouveau le rubicon, qu'ils risquent, au final, de ne plus faire rire qu'eux-mêmes.

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Commentaires
1. Le dimanche 28 janvier 2007 à 00:17, par Broufy
2. Le dimanche 28 janvier 2007 à 09:20, par Philippe Gras
3. Le dimanche 28 janvier 2007 à 11:21, par Emmanuel Chaumery
4. Le lundi 29 janvier 2007 à 09:25, par LP
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