Revenons toutefois sur ce qui apparaît en réalité comme un montage, un montage qui cherche à nuire. Gérald Dahan, imitateur de métier, est aussi animateur de sessions de formation ou de réunions à l'UMP. Dans la foulée de la tentative (avortée) de planter Ségolène Royal suite à ses déclarations à l'issue de sa rencontre avec M. Boisclair, le Président du Parti Québécois, M. Dahan ressert le couvert, derrière le masque du canular téléphonique. A peine mis en boîte, celui-ci est diffusé moins de 36h après sur RTL et immédiatement repris sur Europe 1 pour se retrouver dans la foulée sur le blog de M. Morandini. Une telle vélocité, même à l'heure du village global, reste inhabituelle, surtout pour un canular. Faire fonctionner le tam tam du village global n'est pas à la portée du premier venu. Quand, avec l'aide de qui et comment l'interview de M. Dahan par M. Morandini a-t-elle été décidée et organisée ?

Il s'agissait visiblement de frapper fort, d'assurer au canular une audience maximale en complétant celle de RTL par celle d'Europe 1 ... tout en laissant très vite sur le net l'intégralité de l'enregistrement. Avec l'espoir d'un buzz assourdissant. Ce qui n'a pas été obtenu par le canal des éditorialistes politiques (pour la plupart d'entre eux les déclarations initiales de Ségolène Royal ne prêtaient pas à controverse) il s'agissait de l'obtenir par le canal des "humoristes", en mettant en oeuvre simultanément de vieilles règles de la propagande : - répétez, répétez, répétez - plus c'est gros mieux ça passe - calomniez, calmoniez, il en restera toujours quelque chose. Il est d'ailleurs remarquable que M. Morandini interroge M. Dahan sur la portée de son canular en période de campagne électorale, ce dernier bottant en touche. Question et réponse donnent la furieuse impression d'une préparation millimétrée.

Cette nouvelle séquence du "Ségo bashing" qui a débuté avec l'année révèle que les "task forces" (les "officines" ?) de l'adversaire sont chargées de faire très fort très vite. La violence de l'offensive, l'intensité des attaques, le redoublement des coups témoignent de l'affolement qui a saisi le camp sarkozyste devant la menace que représente pour eux la candidature de Ségolène Royal. Le souvenir de la campagne présidentielle de 1995 revient en mémoire : entre début janvier et début février, la pression sur le candidat Chirac a été terrible, au point qu'il était interpellé publiquement par d'éminents journalistes soucieux de lui éviter le pire : "n'envisagez-vous pas, Mr Chirac, le retrait de votre candidature ?". On sait ce qu'il advint 3 mois plus tard.

Déjà les rumeurs se lèvent annonçant la "cressonisation" (aimable néologisme !) de la candidate socialiste, les conseils amicaux l'invitant à baisser pavillon apparaissent aux marges du théâtre politico médiatique. L'offensive n'a pas encore atteint son paroxysme.

Tenons bon, tenons le cap. Et suggérons à certains humoristes tentés de franchir à nouveau le rubicon, qu'ils risquent, au final, de ne plus faire rire qu'eux-mêmes.