François Bayrou et l’illusion centriste
Par Jean-Pierre Repiquet, lundi 19 mars 2007 à 09:49 :: Campagne présidentielle 2007 :: #98 :: rss
Pour être porté au sommet de l’état, un candidat doit nécessairement pouvoir s’appuyer sur une image, un projet et un électorat. En 1974, Valéry Giscard d’Estaing était élu Président de la République sur une étiquette centriste qui n’avait probablement joué qu’un rôle très secondaire dans le choix des électeurs. Pour l’époque, il s’agissait d’une véritable candidature de “rupture“. Candidature d’un homme jeune et dynamique qui incarnait une modernité à laquelle les Français aspiraient. Rupture avec seize ans de gaullisme, de pouvoir personnel, de république des “affaires“ et des secrets d’état…
Valéry Giscard d’Estaing s’était positionné au centre, il mena une politique de droite et fût amené à gouverner avec les “barons du gaullisme“ qu’il avait combattu. Le libéralisme économique, et l’émergence du “pouvoir technocratique“ lui doivent beaucoup. Le chômage et l’inflation explosèrent littéralement pendant le septennat de VGE et la France sortit affaiblie de l’expérience. Cette “aventure centriste“ devait très logiquement déboucher sur l’élection de François Mitterrand en 1981.
Vingt cinq ans plus tard, François Bayrou se positionne de la même façon sur l’hypothétique tremplin vers la fonction suprême. Il est vrai qu’il existe aujourd’hui chez nos concitoyens une lassitude profonde de la sempiternelle confrontation droite gauche et une quête anxieuse d’une troisième voix, Saint Graal de la vie politique française…
Mais, la lassitude ne peut tenir lieu de programme et une troupe de pèlerins en marche n’a jamais constitué un électorat stable… Il ne reste donc plus à François Bayrou qu’une image virtuelle : celle d’une union sacrée des hommes de bonne volonté, réunis à mi distance de la droite et de la gauche. Le rêve est beau et l’intention est louable. Ils appartiennent à la même imagerie utopique que la concorde universelle ou la chaîne infinie de tous les gars du monde se donnant la main…
On sait depuis longtemps que la politique française est étirée entre la droite et la gauche et que c’est, bien entendu, en son centre que l’élastique est le plus mince ! La constitution de la Vème République, en instituant un régime strictement présidentiel, n’autorise pas le recours à un quelconque gouvernement d’union. Sous la Vème République, la seule union possible c’est la cohabitation !
La cohabitation nous l’avons déjà vécu dans les deux sens et nous avons pu juger de ses effets : un président campé sur ses positions, un gouvernement empêché d’agir, l’immobilisme, le non choix !
Le centre n’est pas un troisième bloc intercalé entre la droite et la gauche. Il n’est qu’une limite entre les deux, une page intercalaire et n’a que l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes…
Il n’y a pas et il n’y a jamais eu d’espace politique au centre. Sitôt Bayrou élu, une nouvelle cohabitation naîtrait des élections législatives. François Bayrou est bel et bien un homme de droite et c’est à droite qu’il gouvernerait, comme Valéry Giscard d’Estaing l’a fait avant lui…

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Commentaires
1. Le lundi 19 mars 2007 à 18:31, par G.
2. Le jeudi 22 mars 2007 à 00:12, par flo de chambé
3. Le mardi 27 mars 2007 à 16:23, par Peckinpache
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5. Le jeudi 12 avril 2007 à 22:33, par Peckinpache
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