Ce monde où le respect ne vaut pas pour tous, où la parole n'est pas tout à fait libre, où le dialogue est canalisé, voire enchaîné à la télévision. Ce monde où l'on fustige ceux qui ne pensent pas comme une mystérieuse majorité silencieuse, où l'on stigmatise ceux qui l'ouvrent, interrogent, doutent, interpellent, ceux qui regardent les puissants sans toujours courber l'échine.

Ce monde où l'on n'a pas d'autre objectif sinon gagner plus et devenir propriétaire de ses propres murs, ceux-là même qui à la fin vous enserrent, dans une fausse paix sécuritaire, « dans le confort de l'ennui où le regard ne rencontre que des choses et leur prix », comme on disait en Mai 68.

Mai 68 justement, que ce monde promis considère de bon ton de devoir « liquider », rien moins, au nom de l'autorité, de la morale, de l'arrivisme. Et si dès le plus jeune âge, vous vacillez, vous hésitez, vous déviez, ce même monde cessera de parier sur votre éducation : il vous mettra sous médicaments, et vous sortira du système dès l'âge de quatorze ans.

Vous n'aurez plus alors, entre deux rondes policières, qu'à raser les murs de ces villas qui finiront par miter tout le pays, raser ces murs toujours plus hauts, en rêvant de sable blond sous les nappes de goudron, et avec l'envie d'y inscrire des mots ringards, relativistes, surréalistes, anarchistes, que sais-je encore, tels que « l'imagination au pouvoir »,

Mais vous n'en aurez pas le temps. La ronde suivante passera par là, et vous serez suspect pour le simple fait d'exister, et de vous trouver de ce côté du mur, celui où il reste un horizon naturel et une vue dégagée pour l'esprit, plutôt que du côté intérieur, celui où l'esprit se seize-neuvièmise.

Diable, mes amis, quel cauchemar !

Il reste pourtant quelques jours pour rêver encore à une société joyeuse où l'on se parle, où l'on dialogue, où l'on se respecte, où l'on peut fraterniser, bohémiser parfois, le temps de rien, le temps d'une ombre sous un platane, le temps de ne pas penser quelques instants à gagner plus pour consommer plus, le temps de rêver, et d'imaginer que l'on peut aussi demander des comptes aux puissants, au lieu de s'incliner, encore et toujours.

A la Sorbonne, pendant ce fabuleux mois de Mai 68, on disait « cours, camarade, cours. Le vieux monde est derrière toi. »

Mais cette fois, prends garde, car le vieux monde nous revient droit devant. Alors, cours, camarade, cours faire campagne ces quelques jours encore. Quelques jours encore pour ne pas vieillir dimanche.

Guillaume Thiériot

Président de RM13

Coordinateur régional RM PACA

Secrétaire Fédéral, délégué à l'éducation, PS13