D’abord parce qu’il serait grave de laisser tous les pouvoirs dans les mains de cet homme-là.

Ensuite parce que les plus démunis, qui sont de plus en plus nombreux dans le pays, ont besoin que nous soyons forts pour porter leur parole.

Enfin, parce que ceux qui, parmi les socialistes, depuis le 6 mai à 20h05, prétendent vouloir analyser la défaite, terminent toujours leur propos en nous faisant part de façon plus ou moins transparente de leur gros appétit de prendre le pouvoir dans le parti.

Outre qu’il est peu reluisant, ce type de comportement ne peut avoir comme effet que de nous faire perdre les prochaines élections. Car pour autant que l’on puisse en juger, la principale préoccupation des français, actuellement, ce n’est pas d’assister à une grande bataille à l’intérieur du parti socialiste.

N’ayons néanmoins aucune illusion sur ce qu’il se passera après le 17 juin : la lutte à l’intérieur du parti socialiste sera sévère, et elle aura deux faces. La première, essentielle, tiendra à sa refondation, et donc à l’établissement d’une nouvelle façon d’envisager la mise en œuvre de notre idéal commun. La seconde, inévitable, sera une lutte pour la prise de pouvoir dans le parti.

Il ne faudra pas que prenant prétexte de la seconde, trop de militants se détournent de leur engagement : sans eux, rien ne sera possible.

Quant au rôle de Ségolène Royal : comme pour Mitterrand ou Chirac en leur temps, son accès au second tour de la présidentielle la pose comme une leader naturelle de l’opposition. Lui contester un rôle de premier plan est non seulement ridicule, mais incompréhensible pour l’opinion, et nous affaiblit à un moment critique.

Elle a réuni sur son nom 17 000 000 de voix, à part Sarkozy, seul Chirac dans les conditions très particulières de 2002 a fait mieux ; elle est majoritaire chez les moins de 60 ans ; elle vient de s ‘appliquer à elle-même le non-cumul des mandats qu’elle portait dans son programme. Voilà 3 nouveaux arguments forts pour la soutenir.

Le dernier, particulièrement : il faudra également, après le 17 juin, que l’on nous explique pourquoi nombre de nos députés, après avoir (normalement) défendu le pacte présidentiel pendant toute la campagne, ne s’appliquent pas à eux-mêmes le non-cumul des mandats qui en était une mesure phare.

Enfin, c’est notre engagement dans la campagne, c’est notre militantisme qui nous donnera la légitimité pour peser dans le parti une fois les législatives passées ; et si tout le monde dans le parti fait cet excellent raisonnement, il se pourrait même qu’on les gagne. Cohabitation ? Pourquoi pas, bien des progrès sociaux ont été accomplis entre 1997 et 2002. Et puis Ségolène Royal premier ministre, ça aurait aussi de la gueule, non ?