Tourner la page d'Epinay ? Non Dominique, tourner celle du Congrès de Rennes, enfin !
Par Éric Loiselet, jeudi 31 mai 2007 à 10:39 :: Après la présidentielle : le débat :: #115 :: rss
"Notre lecture de la lutte des classes est totalement dépassée". Une analyse faite par... Dominique Strauss-Kahn dans son projet de Manifeste pour la refondation publié dans le Nouvel Observateur ce jeudi 31 mai. DSK y affirme que le PS doit "tourner la page" du parti d'Epinay édifié autour de la rupture avec le capitalisme et de la stratégie d'union de la gauche. Certes. Mais DSK n'a-t-il pas été en charge, avec Martine Aubry et Jack Lang, à partir de 2004 de l'élaboration du projet des socialistes pour 2004 ?
Il ne faudrait pas que le regret de l'inachèvement de ce projet nous engage dans des combats d'arrière garde. Le PS a rompu avec la "rupture avec le capitalisme" avec le tournant de la rigueur en 1983. Au Congrès de l'Arche (1991, l'année ou DSK devient Ministre, cf infra) il parachève sa remise à jour idéologique qui tient compte "de l'expérience du pouvoir, des mutations de la société française, des bouleversements du monde après l'effondrement du communisme et la guerre du golfe". Adoptée lors de ce Congrès "oublié" la nouvelle déclaration de principes reconnaît la place prépondérante de l'économie de marché. Le PS fait en quelque sorte son "Bad Godesberg" et depuis il n'est plus revenu là-dessus.
Quand à la stratégie d'union de la gauche, là encore, elle a fait place à celle de la gauche plurielle après la candidature de Lionel Jospin à la Présidentielle de 1995, dans laquelle DSK joue un rôle clé. C'est Jean-Christophe Cambadelis, un des proches collaborateurs de DSK, qui, à partir de 1994, organise les Assises de la transformation sociale, de grands forums où la gauche politique, associative ou syndicale se parle, préludant à l'apparition de la gauche plurielle pour les législatives de 1997 et les cinq années de gouvernement de gauche qui suivront. En 2002, les choses se sont passées comme nous savons, et la gauche plurielle a sombré.
Aujourd'hui, nous n'avons ni projet clair sur les questions économiques ni stratégie d'alliance. Si c'est de cela que DSK veut parler, alors nous sommes d'accord sur les grandes questions. Mais de grâce, cessons de touiller le même brouet qu'à l'orée des années 90. Depuis, les temps ont changé.
Tourner la page du parti d'Epinay, certes. Ce ne sera pas le plus difficile. L'eau a coulé sous les ponts. En revanche c'est celle du funeste Congrès de Rennes (1990) que nous n'avons toujours pas tournée. 3 motions principales s'y sont affrontées et ont fait jeu quasi égal : la motion 1 (Jospin-Mauroy-Mermaz) 28,95 % ; la motion 3 (Rocard) 24,2 % ; la motion 5 (Fabius) 28,84 %. Dans ce Congrès, l'absence de désaccord profond entre les principales motions sur la politique à mener et la conception du socialisme français a mis évidence l'âpreté des enjeux de pouvoir et les tensions autour des choix de personnes. Nous n'en sommes pas sortis. La séquence 2002 - 2007 a été d'abord marquée par l'âpreté des conflits de personnes, puique les synthèses, et notamment celle du Mans, ont dominé le débat d'idées.
Depuis 2002, l'alliance des blocs autour des synthèses (auxquelles DSK lui-même a volontiers prêté la main) proposées par le 1er secrétaire a conforté l'immobilisme du PS tant sur le plan du projet, que des alliances, conduisant à la nouvelle crise d'aujourd'hui. La crise aurait pu nous permettre de faire du neuf avec le vieux. Mais tel n'a pas été le cas : les principaux protagonistes (dont DSK lui-même) ont préféré assurer leur "durabilité" au delà des rythmes de respiration naturelle d'une organisation politique moderne.
Il faut que cela cesse. Il faut sortir du "Yalta" posé à Rennes. Il faut dégeler la banquise des blocs hérités de Rennes. Il faut libérer le jeu bloqué des plaques continentales de la planète socialiste et aller vers une nouvelle tectonique, au risque, bien sûr, de séismes, d'éruptions volcaniques et toute cette sorte de choses. Peut-être faut-il reprendre le fil ténu de l'expérience des "transcourants" initiée alors qu'ils n'avaient pas 30 ans par F Hollande et ses amis ? A l'époque, ils voulaient déjà sortir de l'affrontement entre les mitterrandiens et les rocardiens et dépasser les clivages désuets entre courants. Rennes a mis un terme à cette démarche, un terme différent de ce qu'ils souhaitaient, sans doute. Et a ouvert une nouvelle séquence : celle des héritiers du Mitterrandisme. Cette séquence tarde à se clore ... et le PS s'enferme dans ses vieilles lunes, loin du réel. Nous n'avons pas d'autre choix, avec le temps qui passe, qu'affronter, seuls, sans la protection des figures tutélaires du passé, les défis du monde d'aujourd'hui.
Rennes a produit aussi une profonde modification des statuts du PS issus du Congrès d'Epinay. Il est temps de remettre l'ouvrage sur le métier : les organisations meurent de leur incapacité à renouveller leurs règles de vie commune.
Alors, aujourd'hui, s'il doit être question de page à tourner, c'est à celle de Rennes qu'il faut nous interesser, comme une ardente urgence, plus sûrement qu'à celle d'Epinay. Cela passe par une refondation intellectuelle et la formulation d'un projet en phase avec la société d'aujourd'hui, pour sortir de l'impasse dont nous sommes prisonniers depuis trop longtemps. Cela passe aussi par de nouvelles règles de vie communes. Et cela passe, bien sûr, par l'arrivée de générations nouvelles qui ne sont pas comptables de Rennes et ses longues suites, présentes, encore, dans nos primaires présidentielles de l'automne dernier. De quoi alimenter plus d'un congrès dans les 18 mois qui viennent ?
Dominique Strauss-Kahn a été nommé pour la 1ère fois Ministre en 1991. C'était dans le gouvernement d'Edith Cresson, il avait en charge le portefeuille de l'Industrie et du Commerce Extérieur, qu'il gardera dans le gouvernement de Pierre Bérégovoy jusqu'aux élections législatives de 1993.
Déclaration de principes du PS (adoptée à l'unanimité au Congrès de Rennes, mars 1990)

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Commentaires
1. Le jeudi 31 mai 2007 à 19:07, par Pierre Bellenger
2. Le vendredi 1 juin 2007 à 08:08, par Ledub
3. Le vendredi 1 juin 2007 à 08:40, par refondation
4. Le vendredi 1 juin 2007 à 16:38, par Gilbert Soulet
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