Rénover, un mot magique : logiciel, méthode ou contenu ?
Par Jacques Maire, mardi 5 juin 2007 à 12:01 :: Après la présidentielle : le débat :: #116 :: rss
Depuis le 6 mai, le maître-mot que l’on entend partout au PS est qu’il faut rénover. Ce n’est pas un membre de Rénover Maintenant qui s’en plaindra. Mais que signifie ce mot très à la mode ? S’agit-il d’un aménagement comme on rénove une « vieille maison » en retapissant les murs et en mettant l’électricité aux normes ? Faut-il au contraire tout démolir et reconstruire ailleurs ? Et puis surtout, pour quoi faire ? Car si tous les commentateurs sont d’accord pour dire qu’il faut rénover, bien peu sont ceux qui se lancent sur le contenu de la rénovation. Bien sûr, certains comme H. Weber vont dire que rénover ce n’est pas aller vers le Centre. Tel Strauss-kahnien dira par contre que rénover ce n’est pas remettre au goût du jour des concepts de Gauche qui ont fait leur temps.
Pour contourner la difficulté, il est devenu de bon ton de dire qu’il faut changer de logiciel. Mais qu’est ce qu’un logiciel sinon un moyen ? En tous cas, ce n’est pas un contenu. C’est un peu comme si on disait qu’il faut changer de gouvernail. Or, ce n’est pas le gouvernail qui indique la direction, mais bien la main de l’homme dirigée par son cerveau qui indiquera vers où mettre le cap.
Alors pour rénover et comme pour une construction, nous avons besoin surtout d’architectes, d’urbanistes, de sociologues… Traduisez que pour ce grand chantier nous avons besoin de ces intellectuels que nous appelions parfois des « consciences » et que les Sartre, Camus, Foucault, Bourdieu, Derrida….nous manquent terriblement. Tels des balises ou même des phares ils pouvaient nous aider à y voir plus clair, à trouver la route des idées et à nous faire lever les yeux au delà du guidon. Car ce n’est pas avec nos discussions qui restent souvent au niveau de propos de comptoir que nous pouvons dépasser les schémas trop simplistes ou les solutions corporatistes vendues clef en main.
Attention, je ne suis pas en train d’opposer la France d’en haut, celle des « sachants », de la France d’en bas, celle de la piétaille qui consomme du TF1. Je dis tout simplement que le débat est capital mais que cela ne s’improvise pas et qu’il y faut un peu de professionnalisme. Vous viendrait-il à l’idée de jouer la Nuit des rois de Shakespeare avec d’autres amateurs et sans avoir un professionnel de la mise en scène ? Par contre, aidés par des professionnels, des ouvriers en lutte dans leur entreprise ont pu monter un spectacle sur leur vécu, leurs aspirations et leurs attentes.
Dans le même ordre d’idées, les débats participatifs initiés par S. Royal ont été un formidable vivier d’expérience et de réflexion. Encore faut-il qu’ils soient préparés, canalisés, et que le contenu soit analysé et restitué. Nous avons là un matériau magnifique. C’est un peu ce qui se passe au PS avec les assemblées, forums, débats et diverses universités d’été.
Ainsi, depuis 2003, j’ai pris l’habitude d’aller planter ma tente à Fouras pour participer à l’Université d’été organisée par NPS, d’abord, puis par RM, ensuite. Comme beaucoup d’entre vous, j’y ai rencontré des personnalités passionnantes qui m’ont permis de mieux utiliser mon « logiciel ». Par comparaison, l’Université de La Rochelle est certes intéressante mais plus convenue. Le blog de RM peut être un de ces moyens par lesquels nous commençons ou continuons notre réflexion. Ainsi, j’ai lancé comme une bouteille à la mer le message « Quel avenir pour RM ? ». Des commentaires intéressants sont parvenus de JMG, Pluton, J. Lacassagne, Felix Velay, Bernard Frouin et les autres… J’en retiens des idées : revenir à nos fondamentaux et surtout que serait une démocratie socialiste au seuil du XXI° siècle ?
Cette question me fait penser à un excellent et difficile texte d’Edgar Morin, paru en 1993 dans Le Monde et ayant pour titre « La pensée socialiste en ruine ». C’est fou comme ce texte, publié opportunément dans le dernier numéro de l’hebdomadaire progressiste Témoignage Chrétien, reste d’actualité. Morin explique comment le sens du mot socialisme s’est totalement dégradé dans le triomphe du socialisme totalitaire et comment il s’est progressivement étiolé dans la social-démocratie. Aussi, il se demande si l’usage du mot est encore recommandable et ajoute « qu’en tous cas ce qui reste et restera ce sont les aspirations qui se sont exprimées sous ce terme : aspirations à la fois libertaires et « fraternitaires », aspirations à l’épanouissement humain et à une société meilleure. »
C’est une définition assez large du socialisme et des rapports humains que nous voulons instaurer.
> retrouver le texte d'Edgar Morin "La pensée socialiste en ruine", publié pour la 1ère fois en 1993, et qui vient d'être re publié par Témoignage Chrétien en cliquant ici.

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Commentaires
1. Le mardi 5 juin 2007 à 16:09, par Kreelin
2. Le mercredi 6 juin 2007 à 11:52, par JOCEGALY
3. Le jeudi 7 juin 2007 à 15:34, par jocegaly
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