Le problème est d’autant plus prégnant qu’actuellement l’Internationale Socialiste ne sert à rien sinon à cautionner la mondialisation. Cette dernière n’étant que l’ultime configuration du capitalisme international, l’IS en est un alibi volontaire et souvent coupable. Passons rapidement sur les erreurs et impasses de la social-démocratie européenne : en Italie, il est bien dur pour Monsieur Prodi de faire le grand écart entre Monsieur Bertinotti (Rifundazione Communista) et l’UDC (Démocratie chrétienne de droite) qu’il tente d’amener à lui. En Allemagne, l’alliance du SPD et de la CDU-CSU laisse un boulevard au Linkspartei de Gysi et Lafontaine. En Autriche, le SPÖ s’allie à l’ÖVP… En Espagne, Monsieur Zapatero cherche à donner un sens à l’action du PSOE et l’Angleterre de Messieurs Blair et Brown n’est qu’une resucée du thatchérisme… Jâdis, Kautsky se faisait gardien de l’orthodoxie au sein de la Deuxième Internationale. Désormais, c’est Monsieur Rasmussen qui se fait le gardien d’une ligne social-libérale dont les médias dominants sont les principaux thuriféraires… On n’aura aucun mal à discerner que c’est le mauvais diagnostic que la social-démocratie fait des effets de la mondialisation qui est la cause de ses déboires.

En outre, le phénomène est encore plus inquiétant si l’on considère l’ignorance croissance mutuelle dans laquelle se tiennent les socialistes des divers pays et continents. Il est paradoxal de se laisser imposer par les néolibéraux l’idée qu’il existe un « village mondial » et de ne pas réagir alors que les socialistes du monde entier se connaissent moins bien qu’il y a trente ou quarante ans… Le développement de l’internet, l’abaissement des coûts de transports aériens n’y font rien : les appareils sociaux-démocrates ouest-européens ne savent ni ne comprennent ce qui se déroule à quelques milliers de kilomètres de chez eux… Le cas de l’Amérique latine est ainsi emblématique : l’IS continue d’entretenir des relations étroites avec des partis comme le MIR bolivien (tout de même partie prenante de répressions sanglantes contre les mouvements sociaux locaux), le MAS vénézuelien (détenteur d’un mirobolant score de 0,61% aux élections de décembre) et AD (Accion Democratica, détentrice – elle - du massacre record de l’histoire du pays lors des manifestations de 1989 que ce parti fit réprimer dans le sang)… Au Mexique c’est le PRI, parti des bourreurs d’urnes professionnels pendant 70 ans qui figure en tant que membre de l’IS au coté (pour faire bonne figure) du PRD (battu pour cause de fraude l’an passé). Le problème essentiel est que, faute de penser la mondialisation comme ce qu’elle est, c'est-à-dire le règne sans partage des marchés financiers corrélés à l’ouverture de tous les marchés manufacturiers et à la mise en concurrence généralisée des travailleurs du monde entier, la social-démocratie ne peut que se retrouver face aux mouvements sociaux, confrontée à eux… La violence de cette opposition a pris la forme de répressions meurtrières ou d’appui à des putschs néolibéraux. De ce point de vue, l’Histoire n’acquittera pas l’Internationale Socialiste.

Car, à mesure que l’IS a perdu son rôle d’imagination d’un autre monde, les citoyens eux-mêmes se sont saisis de leur propre destin. Est-ce un hasard si les partis socialistes qui gagnent les élections en Amérique latine ne sont pas membre de l’IS ? PSUV à Caracas, MAS en Bolivie, partisans de Rafael Correa en Equateur, tous ont eu l’audace de donner un débouché politique aux mouvements sociaux…

Des quatre premières internationales, nous pouvons mesurer échecs ou égarements… Partout pourtant, au sein des partis socialistes membres de l’IS, s’élèvent des voix pour réclamer un nouveau socialisme, un socialisme en rapport avec la réalité que représente la mondialisation. Il ne s’agirait pas de « s’adapter » ni d’insinuer la résignation dans les esprits mais bien d’imaginer les alternatives à un processus détruisant le politique et, de ce fait, les capacités des peuples à s’opposer. Ils sont nombreux ceux qui au PS belge, au Labour, au PSOE et au-delà de notre continent cherchent à bâtir un socialisme rénové. Il nous appartient aussi de leur tendre la main et, qui sait, de jeter les bases d’une nouvelle internationale…