"Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés".

Après quelques pachydermes solitaires rattrapés sur le chemin du cimetière, Sarkozy essaie maintenant de cornaquer des mâles dominants. Il réalise le tour de force d'en capter deux d'un seul coup, l'un décrochant peut-être le pompon, l'autre se retrouvant alors automatiquement bredouille mais surtout déconsidéré, le troisième se mettant de lui-même à l'écart du troupeau. C'est malgré tout faire un pari risqué, celui de considérer qu'il n'y a pas d'autres responsables d'envergure au PS que ceux qui sont visés. Il est impressionnant de constater combien certains qui ont pratiqué les ors de la République semblent en avoir contracté une addiction qui ne résiste pas aux convictions. J'y vois la manifestation d'un changement de génération, qui explique les ralliements de ceux auxquels la marche du temps interdisait d'espérer la prochaine alternance politique pour jouer un rôle.

Le chant des sirènes

Belle manière donc de faire le ménage et de dégager le terrain pour permettre l'émergence d'une nouvelle génération de socialistes aux responsabilités. Car il est à noter qu'aucune jeune pousse, telle Ulysse attaché au mat de son navire, n'a cédé aux sirènes sarkozystes, laissant cette faiblesse aux seules vieilles gloires, issues du mitterrandisme des années 80. Les sirènes antiques charmaient les marins pour mieux les dévorer. Il n'y a pas de raison que ceux qui ont déserté le navire de la rue de Solférino connaissent un sort différent.

La séquence "d'ouverture" va bientôt arriver à son terme. On fera alors le bilan de la nouvelle situation ainsi créée. On verra qui aura survécu. Passé le moment de trouble chez ceux que leurs chefs de file auront déroutés, viendra celui de l'ouverture d'une nouvelle séquence historique, la rénovation, exempte de tentation centripète, d'une gauche décomplexée, renouvelée et créative.

Michel Moine