Lorsqu’il était ministre de l’intérieur, il avait été auditionné par la commission Stasi. Celle-ci avait engagé un travail intéressant sur le concept français de la laïcité. Le ministre de l’intérieur n’avait pas de mots assez justes pour défendre ce concept. Il n’était nullement question de remettre en cause les textes de 1905.

« Les textes existent. Je pense à l’article 10 de la Constitution, aux articles 9 et 10 sur la liberté de pensée, de conscience et de religion de la déclaration européenne des droits de l’homme et naturellement à la loi du 9 décembre 1905. Ces textes sont excellents. Ils ont permis à notre pays de vivre dans la sérénité depuis un siècle. (…)Je suis attaché aux principes posés par ces textes. Faisons-les respecter au lieu de les affaiblir. Plutôt que de légiférer à nouveau, il faut donner une lecture claire de ces textes.(…)Depuis quelques années, peut-être parce que nous développons un sentiment de culpabilité, nous ne savons plus justifier les devoirs qu’ont les religions vis-à-vis du principe de laïcité. Il faut rétablir l’équilibre et réaffirmer que c’est l’Etat, la République, la Constitution qui définissent la portée de la conviction commune qu’est la laïcité.(…)L’école est un lieu déterminant pour l’avenir de la société. Son but principal est la transmission des connaissances académiques essentielles. Mais elle est aussi le lieu d’apprentissage de la mixité, de l’égalité entre les hommes et les femmes, de la vie sociale, du respect de l’autre. »

Le discours à Saint Jean de Latran est bien différent. Touché par la grâce présidentielle, il oublie le patrimoine indivis des grands partis de gouvernement républicains qui avaient fait rentrer la laïcité dans le pacte social de la République. Les mots et les phrases prononcés sont sans ambiguïté. Ainsi sur le corps enseignant il prononce des propos scandaleux : « dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance».

L’ensemble de son discours fait appel à la foi chrétienne comme guide de son action et de sa pensée. Ainsi, il partage une vocation avec les prêtres «sachez que nous avons au moins une chose en commun, c’est la vocation. On n’est pas prêtre à moitié on l’est dans toutes les dimensions de sa vie, croyez bien qu’on n’est pas Président de la République à moitié, je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi-même, je sais ce que j’ai fait pour réaliser la mienne».

Pendant la campagne électorale, Nicolas Sarkozy n’a pas parlé du fait religieux. Il savait que son discours le priverait d’une partie importante de l’électorat qui croit en la laïcité à la française. Cet électorat qui trouvait juste que le Général de Gaulle n’ait jamais fait un signe de croix en public, bien que fervent croyant, parce qu’il était le gardien de la République.

Le discours de Nicolas Sarkozy n’est pas complètement nouveau, peu de voix s’étaient élevées pour dénoncer la réception de Tom Cruise, représentant de l’église de scientologie, par le ministre des finances dans les bâtiments du ministère.

Encore moins de voix dénoncèrent récemment son discours à l’ONU lorsqu’il disait :



"Je veux dire au nom de la France, qu’il n’y aura pas de paix dans le monde sans le respect de la diversité, sans le respect des identités nationales, sans le respect - j’ose le mot - des religions et des croyances ; sans le respect des cultures ; l’attachement à sa foi ; à son identité ; à sa langue ; à sa culture ; à une façon de vivre, de penser, de croire."

Enfin, comment ne pas réinterpréter le discours des vœux dans lequel il appelle à une « politique de civilisation ». « celle d’une politique qui touche davantage encore à l’essentiel, à notre façon d’être dans la société et dans le monde, à notre culture, à notre identité, à nos valeurs, à notre rapport aux autres, c’est-à-dire au fond à tout ce qui fait une civilisation ».

Demain Nicolas Sarkozy, fidèle à sa politique du grand écart, nous citera abondamment Emile Combes, Anatole France ou Ferdinand Buisson. Il nous citera tous ces hommes qui ont défini le caractère laïc de la République Française du XXème siècle et qui ont voulu marquer la victoire de la Raison sur l’Eglise.

« Sera dupe qui voudra, sera complice qui voudra… » Jaurès 1905

Christophe Lantoine Secrétaire général Rénover Maintenant